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lundi 12 mars 2012

L'autre sens de l'ecriture par Nacira Belloula


Etoiles d'encre 45-46

" ÉTOILES D'ENCRE " :
L'autre sens de l'écriture

Combats de femmes, luttes de femmes, féminisme, féministes, suffragettes, qu'importe et pourquoi pas, la femme n'a pas besoin de clivages pour être et pour se construire. Dès les temps anciens, la femme, par son verbe, clamait ses mots et ses pensées et utilisait l'oralité pour se préserver des maux et des mots. Pourtant, les uns comme les autres vont former son moi et son ego, et de cette perspective partaient alors les aventures qu'elle espérait et de ces aventures, l'apprentissage de l'écriture, l'une des formes d'expressions adoptées par excellence par la femme, consciente des problèmes et des difficultés d'être.

Ainsi, elle considère que son apport personnel va au-delà de l'explication et des réflexions sur des sujets classiques comme la place de la femme dans la société ou dans l'histoire. C'est, en somme, ce qui naît de notre lecture de la revue passionnante Étoiles d'Encre, une tribune offerte à l'expression féminine du Bassin méditerranéen.

Une revue née d'une association de femmes lettrées qui s'attellent à faire parler et comprendre les femmes de la Méditerranée, qui se prêtent au jeu des mots et de l'écriture pour remonter le cours du temps et témoigner d'une existence riche et enrichissante. Sur ce rapport vital et complexe de la femme à l'écriture. Étoiles d'Encre ouvre ses pages à des sensibilités toutes tendances confondues où seule cette union par l'écrit est exigée.

Dans le dernier numéro d'Étoiles d'Encre dédié à la femme afghane, un incroyable patchwork des mots qui s'éclatent, qui envahissent tout l'être, reste étroitement lié, même si les sujets traités se chevauchent plutôt qu'ils ne se rencontrent et s'enroulent en définitive autour de Cicatrices qui racontent cette femme prostituée marquée de fer sur l'épaule, cette esclave marquée sur la cuisse, cette femme marquée de tatouages séculaires, et toutes ces femmes dont les marques restent invisibles, car ce sont celles de l'âme et du coeur. " Dans le désert de mon coeur, qui agrandit le désert de sable, avec ses mains d'air et de sable, ajoute un voile à mon voile. " Par ce texte, fort en émotion, Amenokhal Moussa ag-Amastan ouvre cette pléiade de textes magnifiques : Légendes touarègues, préfacée par Jeanne René Pottier, qui nous poussent sur le chemin du Tassili des Ajjer à la rencontre de La gazelle aux cornes d'émeraude ou l'auteur s'extasie : " Ô l'admirable site ! Jamais, je n'avais contemplé pareil paysage. Mystérieux et grand, il était à la fois beau et charmant. "

La revue très bien étoffée se découpe en plusieurs chapitres : A corps perdus, Paroles de femmes, Poussières d'Étoiles, Cris et cris de femmes, Rouge cerise et Bleu indigo et autres, où chaque texte, chaque fragment, chaque poème se lit comme un bonheur. " Lorsque je regarde mon corps, je le sais fait de mon histoire. Quand j'aperçois mes cicatrices, je suis heureuse qu'elles soient mémoire ", écrit Isabelle Letellier dans La Trace. Impossible de dire en quelques mots toute cette florissante écriture qui raconte des femmes d'aujourd'hui, des femmes d'antan, des femmes à venir, des espoirs, des rêves, des envies, des frustrations, des souffrances et des privations.

Certains textes nous rapprochent plus, comme Alger, d'Anna Lanta, Main de femme à ta fenêtre, de Maïssa Bey, Loundja, de Mari-Noël Arras, Fille de feu, de Dominique Le Boucher. Et le mérite d'Étoiles d'Encre est justement d'exister pour elles, pour nous.

NASSIRA BELLOULA
Liberté 23 septembre 2002


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