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vendredi 30 mars 2012

Financement de la campagne electorale - d'ou vient l'argent


FINANCEMENT DE LA CAMPAGNE ÉLECTORALE
D'où vient l'argent ?

Malgré les calculs d'épicier que fait généralement le candidat à l'APN, il se retrouve toujours avec des dépenses astronomiques qui dépassent ses prévisions.

Par SALIM AGGAR

La campagne pour les législatives va bientôt commencer, posant aux partis participants et aux indépendants le problème épineux de son financement. Si en 1997, le RND avait bénéficié sans aucun effort de campagne, du soutien financier important de certaines organisations satellites du pouvoir, telles que l'Onec, l'ONM, PUGTA et le Croissant-Rouge et du ministère de la Solidarité. Aujourd'hui, avec la nouvelle donne politique, ces puissantes organisations risquent de changer de camp et de basculer du côté de la tendance forte du moment. Une situation d'une extrême urgence, qui a amené le SG du RND, M. Ahmed Ouyahia, à demander aux candidats à la députation de financer leur propre campagne électorale précisant que s'ils sont élus, l'Etat leur remboursera 60% des frais. Ahmed Ouyahia a reposé les termes de ce débat, jeudi dernier, lors de la rencontre des secrétaires de wilaya du RND en indiquant : « Les élections, ce n'est pas une affaire de gros sous ... si c'était le cas, le RND aurait déclaré forfait, parce que notre parti n'a ni un réseau extérieur de soutien ni des réseaux occultes de financement. »

Allusion à peine voilée aux réseaux de financement des autres partis ce qui prend une tournure particulière lorsque c'est, en même temps, le ministre de la Justice qui le dit. Mais pour comprendre ce qui risque de se produire en mai 2002, un retour sur juin 1997 s'impose. Lors des dernières législatives, tous les députés qui avaient investi leur fortune personnelle pour entrer à l'Assemblée n'ont pas été remboursés. L'Etat avait, à l'époque, réservé à chaque député 150 000 DA pour financer sa campagne électorale. Cette somme devait être perçue par ceux-ci, une fois que le Conseil constitutionnel aurait avalisé leur élection.

Le remboursement de 1997 reversé aux partis

Pour ce faire, le nouvel élu devait fournir les factures nécessaires pour justifier les dépenses occasionnées par sa campagne électorale. Ce que presque aucun député n'a pu fournir, puisque la plupart des prestations ont été faite, à crédit ou gratuitement, par des connaissances ou des sympathisants du parti.

Devant cet état de fait, le ministre des finances, en concertation avec le ministère de l'Intérieur a décidé de verser cette somme d'argent directement dans les caisses des partis. Certains députés « impuissants » devant leur direction n'ont jamais osé réclamer leur dû et se sont contentés de leur situation de « nouveaux riches » de l'Assemblée. Les seuls à avoir dénoncé ouvertement cette entorse au règlement, ont été les députés du mouvement Islah de Djaballah qui, après avoir démissionné d'Ennahda, ont vu leur « fruit de campagne » versé dans la caisse du mouvement de Lahbib Adami. Pour financer une campagne électorale, le candidat devra débourser entre 100 000 DA et 1 million de dinars. Tout dépend de la dimension du candidat et de l'ambition de son parti. Même si aucun chiffre, même global, sur le financement des partis lors de la campagne des législatives, n'est disponible, il est presque établi que des sommes considérables seront investies dans ces élections pour assurer le maximum de sièges et maintenir les intérêts politiques et économiques déjà mis en place. Et dans cette course effrénée au pouvoir, chaque parti possède sa propre source de financement.

Le système algérien plus occulte qu'en Italie !

Au RND, par exemple, après avoir perdu le soutien d'organisations progouvernementales, Ouyahia peut compter sur l'apport financier de ses ministres députés et sénateurs pour faire une campagne électorale juste honorable comme il le précisera lui-même : « Nous avons ce que nous touchons légalement au niveau de nos élus dans les deux Chambres du Parlement, les cotisations de nos militants et nos hauts cadres. Le RND n'est pas un parti de la richesse comme quelque part dans une des Bottes de la Méditerranée. »

La référence aux campagnes politiques italiennes, réputées pour leur système occulte et leur mécanisme de financement complexe est assez explicite. Mais l'argument d'Ouyahia, quant aux cotisations militantes, est valable pour l'ensemble des partis politiques, du moins officiellement. Une seule chose est pourtant comparable au système italien, c'est « l'omerta » qui sévit dans la classe politique dès qu'il s'agit de fric, de la provenance de l'argent et des lobbystes qui financent, souvent sans traces bancaires ou juridiques, la campagne des députés toutes tendances confondues.

Pour le RND, le message consiste en ce mot d'ordre « Serrez-vous la ceinture. » Finies les rencontres à l'hôtel El-Aurassi et à Club des Pins, de mise à l'époque de Tahar Benbaïbèche. Le FLN, qui possède sa propre fortune révolutionnaire, peut compter sur les organisations de masse. Si l'UGTA choisit le camp de Benflis, elle sera, comme en 97 pour le RND et en 1996 pour le Président Zeroual, très utile sur le plan financier. En effet, la Centrale syndicale, grâce aux milliers de cotisations de ses adhérents et surtout aux subventions accordées par l'Etat, pourrait constituer une grande banque ouverte au crédit pour le parti proche du pouvoir.

Des meetings sans factures ...

Ainsi pour un seul meeting, le candidat devra assurer la location d'une salle qui varie entre 30 000 DA et 60 000 DA pour une grande salle comme Harcha. Une somme à laquelle, il faudrait ajouter les 8 000 DA de la sono, la restauration des invités et le transport des militants qui, parfois, « bouffent » tout le budget du candidat. Un meeting ne pouvant se dérouler sans publicité, il faudrait compter dans cette campagne le prix de la sérigraphie (tracts, affiches, autocollants et portraits) qui varie parfois entre 100 000 DA et 200 000 DA.

Pour ce qui est des insertions dans les journaux, les candidats prévenants choisissent des « canards » qui roulent généralement pour leur parti ou s'arrangent comme ils le peuvent pour payer après les élections, autant dire que la publicité pour la campagne électorale de certains candidats est gratuite. Il est évident que malgré les calculs d'épicier que fait généralement le candidat à l'Assemblée, il se retrouve toujours avec des dépenses astronomiques qui dépassent parfois ses prévisions. Et l'Etat ne rembourse les frais qu'à hauteur d'une certaine fourchette, le reste est pris en charge par le parti qui parraine ou même des sympathisants du candidat.

En 1997, M. Tahar Benbaïbèche et Khalfa Mameri, respectivement SG de l'Organisation des enfants de chouhada (l'Onec) et de l'Organisation des enfants de moudjahidine, ont été élus députés du RND, grâce à leur soutien, mais aussi grâce a l'apport financier de ces deux organisations financées par l'Etat et qui sont capables de rassembler une masse importante d'électeurs auxquels ils promettent monts et merveilles.

Même constat pour Rachid Boukerzaza, le secrétaire général de l'Unja et Belaïd Abdelaziz, SG de l'Unea (Union des étudiants algériens), qui ont été élus députés FLN, grâce à la mobilisation des troupes d'étudiants des universités, notamment ceux de Ben Aknoun et de la Fac centrale. En fait, il était moins cher de mobiliser des étudiants avec des casse-croûte à 35 DA, que de rassembler des militants qu'il faudra nourrir et héberger dans des hôtels, avant de les transporter vers leurs wilayas. Car, il faut bien le souligner, le RND et le FLN n'avaient pas rempli Harcha, Ibn Khaldoun ou l'Atlas, avec des partisans algérois, mais bien par des militants ramenés de l'intérieur.

L'opposition et les généreux donateurs

Pour le MSP le financement de la campagne électorale n'a jamais été un problème, puisqu'en matière de fonds et de source, le parti de Nahnah est considéré comme le plus riche de la classe politique. Le MSP est connu pour être le point de chute des plus grands hommes d'affaires du pays.

D'ailleurs, le milliardaire Djillali Mehri ne dissimulait pas le fait qu'il avait offert plusieurs milliards de centimes au MSP lors des législatives de 1997. Il avait même contribué dans la campagne de Farid Habbaz, dans sa wilaya d'El-Oued. Ce dernier était inscrit sur une liste indépendante et aujourd'hui, il est le chef de cabinet, l'homme de confiance du cheikh Nahnah et surtout le 1ier vice-président du MSP après Mohamed Magharia.

Le leader du Mouvement de la société pour la paix, a aussi de très bons rapports avec le patron d'une limonaderie et qui pourrait, éventuellement, contribuer au financement du parti islamiste, proche du pouvoir lors des législatives. A cela, il faut ajouter le soutien financier, mais aussi politique de « l'internationale islamiste ».

Plusieurs associations caritatives installées à Londres, Paris et dans les pays du Golfe sont toujours disposées à verser des « contributions » aux partis islamistes frères dans les pays arabes et musulmans.

Le MSP peut également bénéficier de la contribution de son organisation estudiantine l'Ugel, qui durant les élections, récolte des cotisations pour le parti.

Enfin, l'association de bienfaisance de Shamsedine de Belcourt, suspendue par le ministère de l'Intérieur, est considérée comme proche du MSP.

Il faut dire que les partis islamistes ont toujours bénéficié d'un soutien financier de l'étranger, mais avec les événements du 11 septembre et le passage au « scanner » par le FBI, de l'ensemble des associations qui soutiennent l'islamisme dans le monde, la plupart des mouvements islamistes algériens se sont retournés vers des sources de financement locales.

C'est pourquoi le mouvement Islah de Djaballah, qui n'a pas de financier étranger, a opté pour un milliardaire très puissant, originaire de Boufarik et qui possède des parts dans un groupe économique puissant de l'Algérois, et qui mise politiquement sur les listes de Djaballah.

L'argent des affaires recyclé

Pour sa part, Ennahda de Adami, continue de bénéficier de certaines prestations de l'Etat, sans pour autant avoir de soutien financier étranger ou local privé. S'agissant de la mouvance démocratique, il est de notoriété publique que le RCD, le parti de Saïd Sadi, est soutenu par un seul homme, un industriel puissant, qui est devenu milliardaire, en rachetant des sociétés en faillite.

Le RCD, qui bénéficiait dans le passé de l'apport de quelques hommes d'affaires et même d'artistes installés en France et aux Etats-Unis, pourrait ne pas aller aux législatives et se réserver ainsi à la présidentielle de 2004. Pour ce qui est du FFS, le parti d'Aït Ahmed a toujours été strict dans sa gestion de l'argent du parti.

Les militants, qui ne participent pas mensuellement au renflouement des caisses du parti, sont exclus. Le FFS outre la participation financière de ses cadres et militants, bénéficie d'un support financier en Europe et, plus particulièrement, en France, en Belgique et en Suisse, grâce au poids de son président, Hocine Ait Ahmed, dans l'Internationale socialiste.

Le Parti des travailleurs, qui ne cache pas ses ambitions pour les prochaines législatives et qui est considéré comme le parti le moins riche de la classe politique, pourrait bénéficier d'une quote-part des syndicats internationaux proches du mouvement communiste notamment en France, en Belgique, mais aussi en Allemagne et surtout aux Etats-Unis où le PT a de très bons rapports avec le syndicat américain des travailleurs.

Enfin, la bataille des législatives ce sont aussi les alliances stratégiques des petits partis qui, faute de base électorale, monnayent leurs sièges à l'Assemblée en injectant de l'argent frais dans les grosses cylindrées de la scène politique.

Ainsi, les partis politiques, qui ambitionnent de jouer les premiers rôles lors des prochaines législatives, useront de tous les stratagèmes possibles pour récolter les milliards nécessaires pour le financement d'une campagne électorale « libre et régulières ».

Un credo qui risque d'être pris à la lettre par les partis politiques concernant les histoires de fric.

L'Expression vendredi 8 - samedi 9 mars 2002
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