Recherche personnalisée

mardi 6 mars 2012

Abane Ramdane - L'intelligence assassinee


Abane Ramdane a marqué la Révolution, mais a été assassiné un 27 décembre 1957, avant de voir l'Algérie libre
L'intelligence assassinée

Son sort sera décidé après un voyage secret effectué en Tchécoslovaquie. Dès son retour, il retourne au Maroc, où de la manière la plus lâche, il sera attiré dans un guet-apens.

Une des figures les plus marquantes de la Révolution et pourtant les moins évoquées, Abane Ramdane en a été l'une des premières victimes. Il a disparu de la scène politique parce qu'il refusait le régime des « seigneurs de la guerre ».

Né en 1920 à Azouza, commune mixte de Fort national, actuellement Larbâa Nath Iraten, Abane fait ses études au lycée de Blida. Après son baccalauréat, il fera son service militaire comme secrétaire d'un colonel, puis travaillera également comme secrétaire de la mairie de Chelghoum Laid (ex-Châteaudun du Rhumel).


La carrière politique d'Abane fut brève mais très riche. Commencée en 1945, elle sera interrompue par cinq années d'emprisonnement et prendra fin en 1957 où il sera assassiné par des mains qu'il croyait fraternelles.

Dès 1943, il milite aux côtés de Ferhat Abbas au sein de l'association les Amis du manifeste et de la liberté (AML). Les AML ne résistent pas à l'épreuve des événements de 1945. La coalition éclate. En 1946, le mouvement se reconstitue sous le nom de Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD). Son but : l'indépendance de l'Algérie ; ses moyens : la mobilisation du peuple. En 1955, Ferhat Abbas crée l'Union démocratique du manifeste algérien (UDMA). Abane est tenté par ce courant dirigé par des diplômés (avocats, pharmaciens, médecins, professeurs) mais, réflexion faite, il rejoint le PPA sollicité par Ali Mahsas.

En 1950, les autorités coloniales de l'époque l'accusent d'avoir fourni des anesthésiants aux ravisseurs d'un certain Khiari, dit Rechiem, soupçonné d'« avoir des relations douteuses ». Le kidnapping échoue, Abane sera condamné à 6 ans de prison.

Très vite, il se fait remarquer par ses revendications et la dureté de son caractère ; il n'a pas parlé sous la torture.

Entre temps, la Révolution éclate et Abane, alors détenu à la prison d'El Harrach, sera libéré en janvier 1955. Le directeur de l'établissement pénitentiaire connaissant sa réputation lui accorde une remise de peine ne tenant pas à fournir aux détenus politiques un organisateur ; il sera assigné à résidence à Azouza, son village natal. Il est aussitôt contacté par son ancien camarade Ouamrane Amer, militant au FLN. Abane qui a toujours été partisan de la lutte armée adhère au FLN. Il est frappé par les limites intellectuelles et politiques des dirigeants du FLN. Son premier souci est alors de donner au FLN des structures viables, un programme politique cohérent et une stratégie révolutionnaire d'ensemble. Organiser le front, encadrer la population et la gagner au mouvement de libération étaient ses objectifs majeurs immédiats et le recours, si besoin en est, à la violence armée. Comme beaucoup de patriotes, Abane se trouve confronté à un choix difficile. Rabah Bitat est arrêté, Abane, après sa libération en 1955, devient de fait le chef du mouvement à Alger. Selon l'historien Mohamed Harbi, Abane rédige et fait diffuser le 1 avril 1955 le premier grand tract politique du FLN après la déclaration du 1 Novembre.

Amar Benouda (Islamiste), un des assassins de Abane Ramdane (Progressite)

L'artisan du congrès de la Soummam

Après le ralliement au FLN des centralistes et des oulémas, le FLN acquiert une hégémonie de la représentation politique.

Le colonialisme, dès lors, n'aura devant lui que les représentants de ceux qui luttent comme porte-parole de la communauté musulmane. Le déclenchement de l'insurrection devenu un véritable mouvement de masse n'avait pour programme que la déclaration du 1 Novembre. Sur les « six fils de la Toussaint », seul Krim restait en action. Les autres étant soit arrêtés, soit à l'étranger ou morts.

Pour Abane, seul un mouvement solidement structuré avec une plate-forme claire est capable de continuer la lutte efficacement. Admis comme le principal coordinateur du FLN-ALN, il prépare avec Ben Khedda, Ben M'hidi, Krim et Dahlab le congrès qui se tiendra en août 1955 dans un village de la Soummam.

Abane a lui-même préparé, eh collaboration avec Ouzzegane, les documents de la plate-forme. Il était incontestablement le « patron » de cette rencontre historique.

La plate-forme est adoptée à l'unanimité. Elle aborde tous les problèmes posés à la révolution, l'organisation, les buts et les rôles de l'ALN, la tactique politique.

Sur le plan organisationnel, le congrès de la Soummam affirme la primauté du politique sur le militaire et la primauté de l'intérieur sur l'extérieur. Il arrache ainsi les principales décisions pour pouvoir diriger efficacement et légitimement la révolution.

Après le congrès, il regagne, selon l'historien Harbi, la zone autonome d'Alger. Hébergé chez Lakhdar Rebbah, Abane le charge de trouver quelqu'un pour écrire l'hymne national. Lakhdar Rebbah a rencontré Moufdi Zakaria à qui il a fait part de ce projet. Cela a donné Kassaman.

En 1957, il quitte la capitale après le démantèlement de l'appareil politico-militaire du FLN par les troupes de Massu.

Le groupe se scinde en deux. Abane se rend au Maroc. Les pratiques policières du groupe d'Oujda le révoltent. Il ouvre les prisons et dénonce l'esprit féodal. Boussouf ne le lui pardonnera pas.

Fort du principe de la suprématie du politique sur le militaire, il les rappelle à l'ordre et s'en fait des ennemis.

En juillet 1957, le CCE (Comité de coordination et d'exécution) tient sa première réunion à Tunis. Abane critique violemment les chefs militaires de la wilaya V et les responsables algériens au Maroc. Abane ne s'est pas aperçu du changement des rapports au sein de l'équipe dirigeante. Cette erreur lui sera fatale.

De retour de Tunis, après le CNRA du Caire, Abane voulait mener la lutte au milieu des djounoud et des militants. Son sort sera décidé après un voyage secret effectué en Tchécoslovaquie. Dès son retour, il retourne au Maroc, où de la manière la plus lâche, il sera attiré dans un guet-apens. Des hommes de main l'étranglent en présence de ses « compagnons ».


Cependant. Abane Ramdane restera dans l'histoire du mouvement national comme un des rares cadres à avoir eu conscience de ce qu'il voulait faire. Sa plus grande erreur a été de croire que « les pères de la révolution ne se retourneraient pas contre leurs enfants ». Il l'a payé de sa vie.

Malika Touazi
Sources in Abane Ramdane. Khalfa Mammeri. Les Africains. Abane Ramdane, de Mohamed Harbi.
Le Matin N2382 mardi 28 décembre 1999



www.djazairess.com - Articles de Malika Touazi

L'ALGÉRIE EN GUERRE
Abane Ramdane et les fusils de la rébellion
Bélaïd Abane

www.editions-harmattan.fr
forumdesdemocrates.over-blog.com
www.algeronline.com


Recherche personnalisée