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mardi 14 février 2012

Youcef Zirem - Memoire torture d'un poete


JE GARDERAI ÇA DANS MA TÊTE DE YOUCEF ZIREM
Mémoire torturée d'un poète


« LA POÉSIE est plus forte que le discours politique », déclare cet auteur à tous ceux qui veulent bien l'entendre ...

L'écriture est une façon d'être, de tolérer l'autre et de guider d'autres. C'est plus qu'une recherche d'esthétique elle-même. Ce n'est pas le mot qui importe. C'est le cri qui peut générer le mot », a déclaré Youcef Zirem lors d'une rencontre littéraire animée la semaine dernière à la Bibliothèque nationale d'El-Hamma.

Entré de Paris il y a quelques mois, l'auteur y a présenté son nouveau recueil de poésie sorti aux Editions El-Ikhtilef et publié avec le concours du Commissariat général de l'Année de l'Algérie en France. Je garderai ça dans ma tête est le titre de ce recueil ; la somme d'informations, d'images et de sensations qu'a enregistrées et retenu à tout jamais dans sa mémoire cet ex-journaliste, cet être humain qui a été marqué et sensibilisé comme d'autres, comme nous tous par la tragédie de ces dix dernières années. « Des poèmes écrits entre 1996 et 2000 » , dit-il. Je garderai ça dans ma tête est scindé en trois parties : la première est intitulée « les Saisons du souvenir biaisé ou l'éclaircie assassinée », la deuxième partie est celle des « Saisons des allers et retours » ou « Quand la folie se propage », enfin la dernière a pour titre Dernières saisons ou « Le cirque absurde ». Le recueil est apparu également en France, aux Editions Clapas, sous le nom de « Autrefois la mer nous appartenait ». L'amour, la violence, la folie et le sang, les atrocités, l'espoir, le sourire et la paix triturent l'esprit de notre auteur, visiblement très imprégné par le déchirement de « la sale guerre ». Comment peut-il en être autrement pour cet ex-journaliste qui a vécu par conséquent, le drame disons-le, de l'intérieur. Quand chaque jour, on se fait le messager de la mort, celle-ci s'agrippe à nous, la seule échappatoire pour Youcef Zirem était sans aucun doute dans la poésie. Le refuge des âmes tourmentées. Et la poésie de Youcef n'y échappait pas pour autant. La terreur est omni-présente. La poésie libre de Youcef Zirem est fustigation et dénonciation. Elle est le pouls de la société et le reflet de ses stigmates. Si la poésie de Youcef Zirem ne se revendique pas nécessairement d'un quelconque engagement politique, elle n'en reflète pas moins les idéaux et les positions de son auteur quant au monde qui nous entoure et ce malgré lui. A en juger par le poème intitulé Indifférence qui dit : " Repères égarés, le calendrier de la terreur a encore de l'avenir, sans tracas, les maîtres de la guerre, s'enrichissent, les boucheries se banalisent, nous avons honte, les autres oublient, notre guerre sans images, les autres se contentent de pomper notre pétrole ».

Dans Je garderai ça dans ma tête, il est également question de doute, de soleil incarcéré, d'incertitude qui habite l'auteur qui revendique son acte isolé de l'écriture. " La poésie, confie-t-il, est un exercice très solitaire, désintéressé. Un exercice à la quête de soi-même ». Entre contentement et insatisfaction se mêle l'espoir ou l'utopie de l'amour comme nous pouvons le lire dans « Douce hérésie » : « Options endurcies, des ailleurs m'appellent, elle me reproche, de la traiter comme une gamine, elle ne me cache pas sa jalousie, elle n'a pas encore choisi l'élu de son coeur, elle prépare sa fuite, le printemps est juste à côté, mais il ne m'appartient pas ». Dans Je garderai ça dans ma tête, l'on sent aussi la lassitude et le chagrin de l'auteur. C'est le poids du temps qui passe inexorablement, assassin et irréversible. Et ce mauvais temps que l'on traîne depuis plus d'une décade, passera-t-il ? Dans un style fluide et imagé, l'auteur décrit des scènes de violence mais aussi de rébellion des jeunes. Ceci est clairement discernable à travers « Une envie de désobéir ». Puis l'auteur de se poser un peu plus loin la question : « Mais qui a programmé ce chaos ? » (in Diaboliques officines).

Entre nostalgie des jours anciens ou fausses illusions, c'est une note d'espérance qui clôt ce recueil qui en réalité, reste toujours ouvert aux méditations et aux égarements de la pensée quand le sens enfante encore du sens ... De la littérature de l'urgence ? Youcef n'aime pas l'étiquetage et est prudent à classer sa poésie. « Peut-être, dit-il pour résumer. » Lorsqu'on évoque le statut de l'écrivain ou du poète quant à sa responsabilité efficiente au sein de la société quand « le pays est en dérive » comme en témoigne le poète. Ce dernier a pour toute réponse : « La poésie est plus forte que le discours politique ! ». Bref, Je garderai ça dans ma tête retrace la mémoire de Youcef Zirem, un être humain marqué comme nous tous par des événements et des situations, individuels ou collectifs ... Youcef Zirem est un auteur qui a déjà publié des poèmes à Paris, les Enfants du brouillard (Editions Saint-Germain-des-Prés, 1995), Des nouvelles à Alger, l'Ame de Sabrina (Editions El-Barzakh, 2000), et un essai à Bruxelles, Algérie, la guerre des ombres (Editions le Grip-Complexc, 2002). L'auteur est à l'origine un ingénieur en hydrocarbures qui a démissionné du secteur industriel de Hassi Messaoud pour rejoindre la presse pluraliste dès sa création à la suite des tragiques événements d'octobre 1988.

O. H.



Soirée poésie/musique organisée par Kader Rabia le 22 Janvier 2011 à Paris. Youssef Zirem !


* Je garderai ça dans ma tête de Youcef Zirem Edition El-Ikhtilef 2004

L'Expression dimanche 25 janvier 2004

ecrivainsmaghrebins.blogspot.com - Youcef Zirem
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