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samedi 11 février 2012

Mouloud Achour , place de l'Algerie par le livre (entretien 2002)

ENTRETIEN AVEC MOULOUD ACHOUR
Place à l'Algérie par le livre

Le livre reste cet incomparable lien entre les hommes, il reflète leur savoir et leur culture. Il est normal qu'une grande place lui soit réservée dans le programme de l'Année de l'Algérie en France, et qu'il soit présent non seulement en quantité, mais également en diversité et en représentativité. Mouloud Achour, responsable du département de l'édition a bien voulu nous donner un aperçu de son programme.

D'abord, peut-on avoir une idée du budget alloué à votre département ? Ensuite, cette somme vous paraît-elle en mesure d'assurer la réalisation de tous les projets ? Dans le cas contraire, est-il prévu une rallonge ?

Vous n'ignorez pas qu'en matière de production bibliographique, tous genres confondus, notre pays, pour des raisons qu'il n'y a pas ici lieu d'évoquer, accuse un grave déficit. Aussi, je dirai tout de suite que quelle que soit l'ampleur des ressources financières affectées à cette opération, elles resteraient insuffisantes.
Disons tout de même que pour contribuer à la réalisation par les éditeurs nationaux des projets retenus par notre comité éditorial, le Commissariat général avait consacré dans un premier temps, une enveloppe d'environ 35 millions de dinars. Plus tard, face au nombre considérable de projets éditoriaux, au total plus de 360, le Commissaire général, ainsi qu'il l'a déclaré récemment dans une conférence de presse, a fait procéder à un réexamen de la répartition du budget global à la suite duquel cette enveloppe prévisionnelle a été presque quadruplée.
Une telle mesure traduit la conviction intime que la présence du livre algérien durant l'Année de l'Algérie en France est d'autant plus nécessaire qu'il s'agit là du meilleur vecteur de nos réalités culturelles, civilisationnelles et autres. Que dans sa diversité, dans le soin qui peut être mis aux chapitres de sa qualité et de sa représentativité, notre production éditoriale est attendue comme un baromètre de notre développement.
Je suis personnellement persuadé que nous avons, dans ce domaine bien précis, des potentialités, un savoir-faire que seules des contraintes de conjoncture nous ont empêchés de mettre au jour. Tant mieux si cet événement constitue une opportunité pour ce faire

Est-il prévu un appel au mécénat pour réaliser les 360 projets que vous avez retenus ?

Il est évident que le premier mécène en l'occurrence, c'est l'État. Ce dernier a débloqué des ressources financières à même de lever les réticences de certains éditeurs qui, par leurs moyens propres, seraient bien en peine de se lancer dans la réalisation de certaines catégories d'ouvrages à prix de revient élevé et qui, du fait de l'exiguïté du marché algérien, représente un risque commercial bien réel.
Cela dit, l'intervention de l'État en la matière et qui consiste dans l'acquisition de 1 000 à 1 200 exemplaires du premier tirage de chaque livre est moins un financement au sens littéral du terme qu'une contribution. Il n'est donc pas exclu que les éditeurs concernés aient recours à d'autres mécènes pour parfaire leurs montages financiers.
L'important demeure toujours que la machine éditoriale soit à même de couvrir des activités plus franchement orientées vers la valorisation de la production intellectuelle et culturelle que vers un fonctionnement de type vivrier comme c'est souvent le cas jusqu'ici.

Si on revenait précisément aux projets que vous avez retenus ?
J'ai dit tout à l'heure que leur nombre était environ de 360. le dis environ parce que, en dépit de l'expiration officielle des délais de réception des projets, nous continuons encore à en recevoir et il en est qui sont trop intéressants pour qu'on puisse se permettre de les rejeter. Si bien que ce nombre n'est pas définitif à l'instant où je vous parle. Je dois préciser que le total des projets qui nous sont parvenus, émanant d'auteurs et d'éditeurs, à la suite de l'appel à projet que nous avons lancé par voie de presse au début de l'automne dernier, avoisine le millier. Un tri effectué par un comité éditorial mis sur pied par le Commissariat général a permis d'en agréer le tiers, tous genres confondus, l'ajoute que nous n'avions pas de répartition préétablie par genre. Nous avons respecté la liberté des porteurs de projets en veillant uniquement à la qualité et au sérieux des propositions.

Peut-on avoir le chiffre des projets retenus dans chaque genre ?

Oui. Pour les beaux livres, c'est-à-dire les ouvrages de caractère artistique — albums, livres d'art... —, nous en dénombrons 64. Il y a également, à titre d'exemple, 92 essais, 24 recueils de nouvelles, 65 romans, 32 recueils de poésies, 35 ouvrages de contes et livres pour enfants, 4 récits, 20 albums individuels et collectifs de bandes dessinées et dessins de presse.
À quoi s'ajoutent 11 monographies portant sur les grandes régions du pays, en cours d'élaboration par des équipes mises sur pied à l'initiative du Commissariat général, et 3 grands florilèges littéraires également initiés par le Commissariat général et permettant un regard panoramique sur la littérature algérienne, quelle que soit la langue dans laquelle elle a été pro¬duite. Il s'agit d'un travail auquel nous attachons une grande importance et qui est conduit par des équipes d'universitaires à la compétence reconnue. J'ajoute que dans le lot figurent un grand nombre d'ouvrages en langue arabe, des traductions d'oeuvres littéraires d'auteurs arabophones, parmi lesquels Benhadouga, Bagtache et de jeunes romanciers proposés par l'Union des écrivains algériens et la ligue des écrivains de la Différence (Ikhtilaf).
Peut-on avoir une idée du nombre d'éditeurs impliqués dans ce programme et en savoir plus sur les modalités de la contribution financière du Commissariat général ?

À l'heure actuelle, des conventions ont été signées avec une quarantaine d'éditeurs nationaux. Les principales maisons d'édition sont représentées, y compris celles du secteur public telles que l'ENAG et l'ANER mais également de jeunes éditions.
En ce qui concerne la contribution, j'ai dit qu'elle se traduisait par l'acquisition de 1000 à 1200 exemplaires de chaque ouvrage produit dans ce cadre, le principe étant de permettre aux éditeurs de faire face à une partie de la facture de son imprimeur.
Ces ouvrages sont destinés pour partie aux expositions et autres manifestations éditoriales programmées en France et pour partie à la dotation du réseau national de lecture publique. Il faut se dire aussi que les livres produits par les éditeurs concernés sont appelés à une large distribution commerciale sur le territoire français durant l'année 2003, notamment dans les nombreux salons du livre où la participation de l'Algérie est d’ares et déjà prévue.

Est-il prévu un suivi effectif de tous ces projets et, par exemple, le Commissariat a-t-il un droit de regard sur la qualité des ouvrages réalisés par les éditeurs ?

Bien entendu. Au cours des réunions que nous avons tenues dès l'été 2001 avec les éditeurs, nous avons insisté sur l'importance déterminante du critère qualité. Il s'agit de produire des ouvrages dont nous puissions nous sentir légitimement fiers et pas seulement au niveau du contenu mais également à celui du soin porté à la présentation, à la finition technique etc. Les éditeurs ont été particulièrement réceptifs à ces arguments. Pour autant, nous avons ménagé dans les conventions qui ont été conclues avec les maisons d'édition une clause portant sur le respect des normes éditoriales. Nous avons tout lieu d'espérer que les éditeurs se sentiront liés par l'engagement moral de livrer un produit dont ils peuvent s'enorgueillir légitimement.

Un dernier mot sur les manifestations liées au livre et à l'édition sur le territoire français pendant l'année 2003 ...

Brièvement, je dirai que le livre sera présent dans plusieurs grandes manifestations éditoriales figurant dans le calendrier culturel français.
À titre d'exemple, l'espace algérien au 23e Salon international du livre de Paris sera d'une superficie beaucoup plus importante que lors des éditions précédentes et que, outre l'exposition-vente des ouvrages publiés par les éditeurs nationaux, il y aura des rayons d'éditeurs français exposant des ouvrages d'auteurs algériens d'hier et d'aujourd'hui, sachant que la production littéraire algérienne de langue française a été, dans sa plus grande part, publiée par les éditeurs français. Elle n'en reste pas moins une production intellectuelle algérienne. Je citerai également le salon euro-arabe organisé par l'Institut du monde arabe où l'Algérie sera l'invité d'honneur, tout comme au Maghreb des Livres.
A Marseille, durant une quinzaine de jours, se tiendra dans un grand espace central de la ville, une maison du livre algérien. Toutes ces manifestations verront le livre algérien mis à l'honneur mais également, à travers de vastes programmes d'animation, la présence de tous les hommes liés à la production du livre, à savoir les auteurs et les éditeurs, qui prendront part à des rencontres professionnelles, à des séances de ventes-dédicaces, à des conférences-débats et autres assises thématiques.

Propos recueillis par Yacine Idjer
Liberté mercredi 29 mai 2002


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