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jeudi 23 février 2012

L'ecrivain de ces dames, rencontre avec la romanciere Minna Sif

L'auteur de Méchamment berbère; livre dans un court entretien ses impressions et ses expériences avec les mots et les langues.

Minna Sif est née en Corse de parents berbères marocains, jusqu’à sa scolarité, l'auteur pensait que le berbère qu'elle parlait était un dérivé du corse. Choc et conflit entre deux civilisations que l'auteur raconte dans Méchamment berbère. Jeune, brune aux longs cheveux noirs, Minna Sif, auteur de Méchamment Berbère paru chez, Ramsay, raconte sa vie et ses expériences dans l'écriture avec une petite voix, à peine audible. Timidité, sans doute caractéristique des gens des lettres qui transcrivent plus facilement les mots sur leurs papiers que sur leurs lèvres et Minna Sif avoue : " J'aime écrire, j'aime les mots et ne me demandez pas pourquoi j'écris, je ne sais pas pourquoi j'écris ". L'auteur de Méchamment berbère, Minna Sif d'origine marocaine est née en Corse de parents berbères.

Elle grandit dans un milieu d'immigrés où se côtoient toutes les langues, toutes les subtilités aussi, ce qui va forger son caractère et lui donner les matériaux de l'écriture. Elle raconte alors dans un livre, une vie, la sienne peut-être, par bribes autobiographiques. Méchamment berbère raconte la vie d'une famille d'immigrés marocains, dans le vieux Marseille au milieu des années 1970. Une chronique pittoresque où la pauvreté, la tendresse et jusqu'à la folie tissent le quotidien de cette famille.

Minna Sif a su saisir l'essentiel d'une vie déchirée, tourmentée par un exil forcé, celle de l'immigration, mais aussi de tendres moments, de complicité, pour en faire le relief et l'âme de Méchamment berbère, une histoire dramatique certes, sur fond de conflit socioculturel, mais qui se lit d'un trait tant la plume de l'auteur recèle de tendresse et d'humour.

Le regard de l'auteur est critique et dépeint sans équivoque la situation d'hommes et de femmes déracinés qui ne cessent de quémander le droit d'être sur cette terre étrangère. La narratrice raconte cette mère, Inna, qui assume son quotidien bravement en dépit d'un double abandon, celui du mari qui s'enfuit, loin du domicile conjugal, cherchant sans doute une autre raison d'exister, ou fuyant ses propres appréhensions.

Inna disait souvent : " Nous sommes de passage et merde à la lune ! Pourtant nous trois, nous ne nous sentions guère de passage, Un pays, ce n'est pas comme un appartement que l'on quitte pour un autre, plus clair, plus vaste ", écrit Minna Sif dans Méchamment berbère, une petite phrase qui résume toute la problématique des immigrés.

Rencontrée à Alger où elle vient pour la première fois, Minna Sif n'hésite pas à s'ouvrir au dialogue qui s'instaure petit à petit, osant lever un peu le voile sur son parcours littéraire, car l'auteur, celle d'une nouvelle génération, reste inconnue à Alger.

" Je suis née en Corse et j'ai grandi avec le dialecte corse dans les oreilles, raconte Minna Sif. Moi, je ne parlais que le berbère et jusqu'à ma scolarité, je croyais que le berbère que je parlais était un dérivé du corse. En déménageant à Marseille et quand vient l'école, j'ai compris définitivement que je n'étais qu'une étrangère ". " À l'école, explique Miniwi Sif, la maîtresse mettait toujours à côté de moi des petites nouvelles, des Arabes surtout pour que je leur serve d'interprète. Pourtant, je ne connaissais pas un mot d'arabe, c'est à leur contact et au contact des autres. immigrés italiens, turcs que j'ai beaucoup appris ". Toute petite, Minna Sif a baigné dans un amalgame de langues et cette richesse linguistique a fini par lui donner les moyens et les raisons d'aimer les lettres et les mots.

" J'aime les mots " se plaît-elle à dire. " Entre dix et vingt ans, j'ai passé mon temps à lire, plus tard à écrire, surtout des lettres, puis, je suis devenue écrivain public. Comme j'étais dans un milieu d'analphabètes, je lisais et écrivais des lettres pour les femmes et j'en ai fait mon métier ".

Très petite déjà, en lisant le journal à son père analphabète, Minna Sif découvre la magie des mots et sait qu'elle doit s'en servir, traçant une destinée toute faite. Après Méchamment berbère, un autre roman sortira bientôt en France. L'auteur reste sur les traces de Benjelloun.

NACÉRA BELLOULA
Liberté lundi 7 janvier 2002


minna-sif.fr
corsicalive.fr - Rencontre avec Minna Sif
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