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lundi 20 février 2012

Le terrorisme judiciaire de Ahmed Merah


" LE TERRORISME JUDICIAIRE " DE AHMED MERAH
L'autre réquisitoire

Un parcours aux péripéties qu'aurait du mal à organiser le plus talentueux des romanciers.

Atteinte à l'économie nationale, usurpation de grade, trafic d'influence, intervention sans qualité dans des fonctions militaires, faux et usage de faux, spéculation, vente sans facture, fraude fiscale, coups et blessures volontaires, menaces de mort, etc.

La liste des chefs d'accusation énumérés ce dernier jour de mars 1998 par le Procureur de la République, lors de la comparution du préyenu Ahmed Merah devant le parquet du tribunal de Sidi-M'hamed, est pour le moins impressionnante.

Et pour l'intéressé, l'affaire s'enclenche d'autant plus mal que le magistrat a choisi d'emblée d'enfreindre la loi d'amnistie n°90-19 du 15 août 1990 au terme de laquelle " il est interdit à toute personne, en ayant eu connaissance, de rappeler sous quelque forme que ce soit, ou de laisser subsister dans tout document les condamnations pénales et les déchéances effacées par l'amnistie (...) ".

Or, le procureur évacue totalement cette disposition en faisant observer au justiciable qu'il a fait l'objet d'une condamnation pour des faits aussi graves que ceux qui l'avaient de nouveau conduit au banc des accusés. Car Ahmed Merah n'est pas n'importe quel justiciable. Commence alors pour le lecteur de ce quatrième ouvrage de celui qui a entrepris de relater par le menu ses démêlés avec le pouvoir et l'appareil judiciaire depuis " L'Affaire Boulali ", un récit souvent oppressant jusqu'à l'insupportable. Un récit qui met gravement mal à l'aise. Pour la raison évidente qu'il ne s'agit pas d'un récit de pure imagination mais bel et Bien du compte-rendu minutieux d'un parcours aux péripéties qu'aurait du mal à organiser le plus talentueux des romanciers. En avertissant le lecteur sensible du risque qu'il court à plonger dans la description de la condition carcérale, l'auteur n'ignore pas, effectivement, sa large méconnaissance par le grand public de la réalité de ces pénitenciers.

De fait, si l'on admet volontiers que, dans tous les pays du monde, à quelques variantes près, une prison n'a pas vocation à offrir des séjours d'agrément, on est loin de supposer une prison de notre pays à ce point en déficit d'autant de confort et d'hygiène que de pitié et de charité humaine.

On peut être sensible aux arguments de l'auteur relatifs aux délits qui lui sont reprochés, à la validité de sa défense, ou réfractaire à la véracité de sa version des faits. L'intérêt de ce texte, à la fois témoignage, confession et réquisitoire, est ailleurs. Abstraction faite de l'identité du narrateur, de ses antécédents et de ses " états de service ", le problème qui est posé dans ces pages d'une tristesse et d'une inhumanité indicible est celui de la relation entre le citoyen et les représentants du système judiciaire dans un État de droit.

Merah dénonce de façon on ne peut plus explicite les abus dont il a souffert de la part de certains représentants de la justice, des services de sécurité et de la hiérarchie pénitentiaire à la suite de pressions et autres influences qui ont été exercées sur les uns et les autres.

Il cite nommément des personnes auxquelles il doit des sévices et désagréments* qui auraient pu lui coûter la vie en raison de son état de santé; il rapporte des comportements et des propos inquiétants de la part de femmes et d'homme dont la mission est d'appliquer la loi et non de faire prévaloir des états d'âme et des intérêts totalement incompatibles avec leur statut de défenseurs de la société.

Au passage, il est rendu hommage à d'autres femmes et hommes grâce auxquels on se dit que l'espoir reste autorisé, parce qu'ils s'acquittent de leurs devoirs avec la compétence, l'intégrité et l'impartialité requis, à l'exemple de cette présidente de cour qui " réellement vaut bien plus que mille hommes ...", à laquelle l'auteur du livre doit d'avoir recouvré sa liberté.

" Le terrorisme judiciaire " relate une histoire vécue et, à cause de cela, ne peut laisser indifférent car il y est fait état d'un combat inégal, l'appareil auquel est confronté le narrateur étant capable de le réduire en poussière sans lui donner la moindre chance de se défendre.

À ce titre, il ne pouvait être un document froid, impersonnel. Un homme qui, à tort ou à raison, se considère victime d'une injustice qui n'a même pas épargné sa famille, ne peut se satisfaire, parlant de ceux qui l'ont harcelé, du ton neutre, sans passion, de simple témoin.

Mais la qualité majeure de ce livre est de développer, sur un registre politique, une réflexion sur des dérives aux conséquences extrêmement dangereuses pour la collectivité nationale.

En particulier certaines manoeuvres d'instrumentalisation à des fins plus que douteuses, des intérêts individuels sordides, n'ayant rien à voir avec la raison d'État, d'institutions dont la vocation est de servir la société et de la préserver de l'arbitraire et de la hogra.

M. A.
(*) Ahmed Merah, " Le terrorisme judiciaire d'une mafia au pouvoir ", Merah-Éditions - Alger - 2001 - 151 pages.
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