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lundi 6 février 2012

Hassan Bouabdellah

Hassan Bouabdellah, né 1947 à Biskra (sud-algérien) au sein d’une famille de paysans, a fait des études dans une médersa de Ben Badis jusqu’en 1957. Deux grenades, à cette époque, ont été lancées contre cette médersa qui ferma ses portes. C’est ainsi que le petit Hassan va aller à l’école française. Depuis lors, il se définit comme françisant et non arabisant. Vers l’âge de 14 ans, il rompt, selon ses propres termes, avec la religion ( ce qui correspond à l’un des personnages de son roman L’insurrection des sauterelles ). " Depuis cet âge-là, je n’ai plus fait le ramadhan ou cru au bon Dieu. Je suis devenu un athée. Même à la télévision algérienne, je mangeais et fumais devant tout le monde. Et ce n’était pas de la provocation ! " Après l’obtention de son baccalauréat, en mai 1968, il entame des études universitaires de littérature, à Constantine, puis de sociologie.

Il part ensuite à Moscou pour y faire des études de cinéma, obtient son diplôme de réalisateur et se fait engager à la télévision algérienne où il produit une trentaine de films dont Barberousse mes soeurs, Les gardiens de musées, Le cardinal Duval ( un film qui lui valut une censure " officieuse ", mais dont quelques extraits seront diffusés au public après l’assassinat du cardinal Duval ). Deux années avant son exil en France, Hassan Bouabdellah se consacre essentiellement aux films d’art dont l’un est consacré à Bettina Heinen-Ayech.

Parallèlement, il mène une activité de journaliste et de nouvelliste dans différents journaux algériens dont les hebdomadaires Algérie-Actualité ( avec Tahar Djaout ) depuis 1978, et La Nation. " Ceux qui disent qu’ils n’ont pu s’exprimer en Algérie mentent, dit Bouabdellah, le pouvoir nous méprisait tellement que les espaces d’expression nous étaient offerts sans problème. Quand je relis mes articles aujourd’hui, je me demande si je n’étais pas inconscient. Pourtant, jamais personne ne m’a inquiété ".

En 1993, il quitte l’Algérie après avoir reçu des lettres de menace dont il ne peut pas, déclare-t-il, situer l’origine. Il pense néanmoins au pouvoir militaire et dit que son retour en Algérie ne peut se faire que si celui-ci partait. " A l’orée de l‘an 2000, je n’accepte pas que le pouvoir soit confisqué par les armes. Je vis mal mon exil, je rencontre beaucoup de problèmes car je refuse de m’inscrire dans la pensée unique concernant le problème algérien. Je ne trahis pas mon peuple, mes parents, donc je crève sur place ", dit-il.

Les sauterelles pour le dire ...

Le premier roman du cinéaste Hassan Bouabdellah, prend source dans les événements qu'a subies l'Algérie ; huit jours de la vie d'un personnage racontée de façon obsédante dans la tradition du " désenchantement ".


" Les sauterelles, c 'est la " multitude ", celle-là même qui, aujourd'hui, est méprisée et qui seule est porteuse de changement. "


Cinéaste, auteur d'une trentaine de documentaires pour la TV algérienne, Hassan Bouabdellah né en 1947 à Biskra a publié récemment un roman ". L'insurrection des sauterelles, qui relève, admet-il, du " besoin viscéral de rendre hommage au peuple algérien ", cette " multitude de sauterelles qui fait peur ", ajoutera-t-il dans l'interview du même numéro de la revue Algérie Littérature Action, éditeur du livre.

Partant de cette métaphore on aurait tort évidemment, de confondre ce récit avec la forme de littérature usitée en Algérie, c'est-à-dire au bon et vieux roman réaliste empli des poncifs habituels au genre ; voire du " pseudo " surréalisme.

Dans, la tradition du " désenchantement ", l'auteur construit une histoire banale, mais dans un style qui s'apparente au journal, à l'autobiographie.

C'est le récit de la vie de plusieurs personnages, condensée dans le temps : point de départ, un voyage précipité à Biskra, la mort d'une mère, retour et fuite d'Alger.

Parcours livré de façon obsédante, dans lequel s'emboîtent les voix, les souvenirs, les flashes du présent-passé, du danger, faits d'actualité. Des gens happés par le sentiment de perte, de mort, visages et bouches suintant de cris, colère ou larmes, dans une atmosphère autodestructrice.

En fin de compte, ce court roman dit de ma mère maladroite, à travers des personnages caricaturés, parce que non soumis aux lois de la présence anthologique, l'absurdité de la violence et l'inhumanité de ceux qui y recourent.

De l'aveu même de l'auteur " nous sommes dans une prélittérature nationale, ce ne sont que les prémisses ".

Conscient des limites du livre, Hassan Bouabdellah soulève cependant un vrai problème : celui d'une littérature encore en gestation. Une littérature qui use ou abuse de la logorrhée du vocabulaire où les constructions du récit, l'imaginaire de personnage n'obéissent pas à une confrontation réelle — imaginaire, mais d'avantage aux avatars de l'idéologie.


Un portrait cinématographique sur la peintre allemande Bettina Heinen-Ayech, née le 3 septembre 1937. Depuis de plus de quarante ans elle vit et travaille en Algérie.

Si seule la fiction peut prendre en compte ce que la réalité à d'impossible à montrer, on le constate une nouvelle fois dans ce roman. La fiction ne sera pas allée au bout de son habilité, de sa profondeur.

Reste une métaphore qui sous-tend le projet : le fantôme inévacuable d'un moi algérien refoulé et la difficulté de le dire.

C'est peut-être là, la principale spécificité d'une écriture liée à l'Algérie, dans une bigarrure coupée du monde, et donc souvent invraisemblable.

L'interview de l'auteur apporte un éclairage intéressant pour une lecture de ce roman. Elle ne manque pas de sincérité.

Mais le travail mené par la revue Algérie-littérature Action laisse plutôt sceptique sur la valeur du tri effectué, c'est-à-dire le choix des auteurs et des articles bénéficiant du label d'auteurs : des écrivains de seconde zone bombardés génies littéraires ou encore des apprentis penseurs dont le seul mérite aura été de bénéficier d'un parrainage d'intellectuels dans le contexte très mouvementé pour ne pas dire ambigu de la solidarité internationale envers l'Algérie.

La création de la revue est évidemment utile, et ses enjeux importants. Un travail sans précédent, du moins en Algérie. Si elle aime à dessiner les contours de ce que l'on entend par littérature et activité littéraire algérienne. Si, par ailleurs, ce champ ouvert à l'expression se renouvelle et laisse épanouir écoles, talents, courant, etc.

L'édition a lourdement besoin d'initiatives ; que de cet humus naissent des oeuvres valables, du moment que l'on publie beaucoup. Et cela va sans dire qu'en publiant, on ne crée pas un climat de médiocrité, qui étouffe les meilleurs ...

DEHBIA AIT MANSOUR

L'insurrection des sauterelles
Roman suivi de l'actualité culturelle.
Algérie Littérature Action 2
Marsa éditions.



www.revues-plurielles.org - ENTRETIEN avec Hassan Bouabdellah
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