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mardi 31 janvier 2012

Le soleil noir de la poesie


« L’activité poétique pour moi a toujours été liée à l’expérience vécue. J’ai toujours eu pour objectif de rapprocher l’expérience vécue du texte écrit. Je ne conçois pas une poésie qui soit seulement le produit d’une activité mentale. Elle est le produit d’une activité générale qui met en cause l’esprit, les sens, le sexe, la peau, et aussi l’histoire de l’individu, l’histoire collective. Toute mon expérience poétique s’articule autour de cette perspective : la poésie doit changer la vie. »

André Laude, né le 3 mars 1936 à Paris où il est mort le 24 juin 1995, est un poète et journaliste français. On a écrit d’André Laude qu’il était un « soleil noir de la poésie ». Noir d’une existence. Noir du refus anarchiste de se soumettre. Noir du désespoir qui a souvent accompagné son existence et qui a contribué à sa fin. Soleil de la révolte qu’il a toujours porté très haut. Soleil de l’éclairage qu’il a donné de l’oeuvre des autres : amis et compagnons trop méconnus, artistes emprisonnés et bâillonnés. Soleil des mots qu’il a aimés.

fr.wikipedia.org - André Laude


Poème à la mémoire du poète André Laude sur le culte insensé de la création dans la douleur, qui voudrait que chaque artiste invendu et en souffrant soit un génie.


Dans la grotte de la révolution

Nous roulions entre deux rangées de palmiers qui étincelaient, ruisselant d’une clarté matinale. Il faisait chaud, une petite brise fraîche caressait mon front. Par la vitre abaissée, j’apercevais des groupes d’hommes d’où jaillissait parfois la note claire d’un burnous. Des femmes voilées, la tête chargée d’un fardeau en miraculeux équilibre, marchaient le long des bas-côtés. J’entrais dans Alger, fasciné à l’avance par une blancheur que les livres du passé m’avaient promis. Mon regard cherchait dans les failles de la hideuse architecture de la colonisation, la couleur espérée, symbole de pureté islamique, glissant vite sur la grisaille des murs, les enseignes sombres des magasins. J’entrais dans une capitale saisie par le Ramadan. Mon ami le chauffeur, à qui je demandais l’adresse d’un hôtel en rapport avec ma bourse me dit qu’il avait ce qu’il me fallait.

Nous nous retrouvâmes sur une avenue bordée d’arcades sous lesquelles sommeillaient ( ?), pêle-mêle, des groupes d’hommes, de femmes et d’enfants vêtus, si l’on peut dire, de haillons. J’aperçus deux ou trois vieillards, les fesses affaissées sur les talons, le dos collé au mur : leurs lèvres bougeaient tandis que leurs mains qui surgissaient du burnous triturait un chapelet. Le temps de déposer mes bagages, de remplir ma fiche, de faire un brin de toilette, et je partais à l’aventure, à la découverte d’une ville, les yeux écarquillés jusqu’à la douleur pour absorber le plus de formes, de couleurs, les oreilles à l’affût. Je m’accordais un jour de liberté. Demain, je nouerais le contact. Dans mon portefeuille, j’avais serré la lettre de mes amis, Algériens de Paris, le sésame magique pour pénétrer dans la grotte merveilleuse d’une révolution dont pour l’instant, je cherchais à déchiffrer les signes de vie, parmi les rues.

Le Ramadan

Cette coïncidence entre mon arrivée et le Ramadan allait me permettre de découvrir cet élément mystérieux dont est composé l’homme algérien : l’Islam. Les cafés fermés me génèrent plus qu’ils me surprirent. Je connaissais le virulent de Mohammed Khider, alors secrétaire général du parti, qui avait brandi, sur les antennes de la radio, la foudre d’un obscur châtiment au-dessus de la tête de ceux à qui l’envie pouvait venir de ne point respecter intégralement les devoirs qui incombent à tout bon musulman, en cette période de l’année. Les pelotons d’exécutions étaient presque promis à ceux qui auraient pu songer à jouer les briseurs de jeûne. « Casser le Ramadan », vous aurait relégué en ce mois de janvier, en Algérie nouvelle, au rang de déicide.

Les femmes et la révolution


Quoi qu’il en soit, s’il y a un « Islam de gauche » au sommet, l’Islam, tel que le conçoivent et l’assument les masses algériennes, est bel et bien un Islam réactionnaire, abâtardi, pétrifié, légué par les dirigeants religieux qui, soumis à la colonisation, devenus ses esclaves et ses valets, le castrèrent de toute sa vigueur dynamique. Grâce à cet Islam, entre autres conséquences néfastes et multiples, se perpétue en Algérie la domination de l’homme sur la femme, domination que ne peut imaginer une femme française.

La femme algérienne, qui, par des moyens divers, a largement contribué au triomphe de la lutte pour l’indépendance du pays, soit en servant d’agent de liaisons, soit en cachant des moudjahidines, soit en aidant à la réalisation d’attentats, soit, même en rejoignant les maquis où elle combattait, soignait, préparait la nourriture, soit en descendant dans la rue lors des mémorables journées de décembre où elle prit parfois la tête des cortèges et montra un courage inouï, un attachement absolu aux idéaux du combat entrepris, cette femme ne participe plus à grand chose aujourd’hui.




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