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mercredi 11 janvier 2012

Abed Charef - Octobre (L'extreme-gauche)

Si le PAGS et le courant islamiste agissent plus ou moins à découvert, et ont des responsables connus, il est par contre difficile de dire quel est le poids réel des organisations d'extrême-gauche. Le Groupe Communiste Révolutionnaire (GCR), l'Organisation Révolutionnaire des Travailleurs (ORT) et le Mouvement Communiste Algérien (MCA) ont publié, le 21 décembre, une déclaration commune appelant à boycotter les élections présidentielles prévues pour le lendemain. Dans une déclaration séparée, l'Organisation Socialiste des Travailleurs (OST) appelle elle aussi au boycott.

Le GCR a été créé officiellement en 1977, par les anciens militants proches d'une Association Générale des Etudiants Algériens (AGEA) dans l'émigration. C'est un « groupe sympathisant » de la 4ème Internationale. Il recrute essentiellement dans les milieux universitaires, et il est aussi présent dans le mouvement culturel berbère.

L'ORT est née d'une scission au sein du GCR, en 1984. Elle est plus présente au sein des travailleurs. Quant au MCA, il a été créé en août 85, au sein d'une mouvance apparue au début des années 80 autour de la revue Thagrawla (Révolution).

Qualifiant le référendum du 3 novembre sur la révision de la Constitution de « mascarade », le GCR, l'ORT et le MCA affirment que « pour les travailleurs, les jeunes, ce régime n'a plus de légitimité. Les luttes continuent partout dans les entreprises, les universités, les quartiers, les villages, contre la torture et la répression, contre la corruption, la dégradation des conditions de vie, le chômage, la vie chère, pour la démocratie et le droit de s'organiser librement.

« Aussi, l'élection présidentielle du 22 décembre ne rencontre-t-elle que l'indifférence. Car il n'y a pas de multipartisme, ni le droit de présenter d'autres candidats, ni le droit d'exprimer son opinion dans une presse libre et dans des manifestations publiques.

« Tout le peuple doit s'unir pour boycotter cette comédie. Chadli et son régime de tortionnaires ne sont pas les « garants du changement démocratique ». Bien au contraire, imposer leur départ est la meilleure garantie de la démocratie. Pour cela, mobilisons-nous pour arracher le droit de s'exprimer, de s'organiser, de manifester, pour arracher l'élection libre de représentants du peuple qui proposeraient une Assemblée Constituante.

« Pour concrétiser ces revendications, tous les démocrates doivent faire converger les initiatives du mouvement populaire vers un large front uni pour la démocratie. Les partisans du combat des travailleurs devront, au sein d'un tel front, promouvoir l'indépendance de la classe ouvrière, afin de garantir la continuité du combat démocratique jusqu'à la réalisation totale de la justice sociale, du socialisme »
Il est difficile de connaître l'audience réelle de ces organisations.

L'OST, selon la déclaration datée du 13 octobre, se définit comme une « section de la 4ème internationale, centre international de reconstruction ». Elle « lutte pour le socialisme, pour l'organisation indépendante du prolétariat, pour la construction d'un parti ouvrier révolutionnaire. Ce combat est inséparable de celui de la démocratie, pour les droits et les libertés, pour la justice, pour la souveraineté nationale ».
Dans Parcours Maghrébins de décembre 88, M. Mustapha Benmohamed (voir note), un enseignant retraité, membre du Comité central de l'OST, expose le programme de son organisation : « l'abolition du système en place, l'établissement des libertés démocratiques, l'élection libre d'une assemblée constituante souveraine qui désignera un gouvernement responsable devant elle, chargée de garantir les libertés démocratiques et de répondre aux revendications du peuple. Les libertés démocratiques signifient la libération sans condition de tous les détenus politiques et des personnes arrêtées ces derniers jours (pendant les événements), la liberté d'expression, d'organisation, de presse, de réunion, de manifestation, liberté d'association et d'organisation en parti politique, de syndicats indépendants, droit de grève, de s'exprimer, d'étudier et de diffuser la langue berbère (...).

Des militants proches de l'OST ont été aussi les initiateurs d'une association pour l'égalité de l'homme et la femme devant la loi, et d'un appel pour la constitution d'un mouvement démocratique, signé par de nombreux intellectuels de renom, dont l'écrivain Rachid Mimouni. L'action de l'OST est surtout orientée vers les associations.

Kiffah El Oummal n° 10, journal de l'ORT, daté du 4 novembre 88, estime de son côté que le deuxième volet des réformes annoncées par le Président Chadli est « en deçà des aspirations d'octobre », bien qu'il offre « un cadre politique plus consistant » que l'objet du référendum du 3 novembre, que l'ORT avait appelé à boycotter. Le journal appelle à « un débat national sur l'avenir du pays », et à « l'élection libre d'une assemblée constituante souveraine ». Il présente aussi une plate-forme de revendications en 13 points :

- Les libertés d'expression, de réunion et de publication.
- La liberté d'opinion idéologique et religieuse.
- Les droits de grève et de manifestation.
- Le droit d'organisation syndicale et politique.
- L'indépendance de l'UGTA et de toutes organisations socio-culturelles.
- Le multipartisme.
- L'élargissement des droits sociaux des masses ouvrières et populaires.
- L'irréversibilité des moyens étatiques des moyens de production.
- Le contrôle ouvrier sur les entreprises.
- La terre à celui qui la travaille.
- L'indépendance nationale vis-à-vis de l'impérialisme.
- L'égalité des droits entre l'homme et la femme.
- La reconnaissance officielle de la langue berbère.

A la fin de l'année 88, des discussions étaient en cours entre l'ORT et le GCR pour tenter de créer une seule organisation.

fr.wikipedia.org - Parti communiste algérien
fr.wikipedia.org - Mouvement démocratique et social (Algérie)
Parti Socialiste des Travailleurs (PST)

Note : Mustapha Benmohamed, dit «Negro» - Du comité des trotskystes algériens au Parti des travailleurs.
Du nom de guerre Mustapha Negro, ou encore Mousse après l'indépendance, il est né le 31 décembre 1926 à la Casbah. Membre du PPA en 1945, il intègre l'Organisation secrète trois ans plus tard. En 1953, il est le plus jeune élu du Conseil municipal d'Alger et responsable de sa commission ouvrière. Militant de la cause nationale, « Mousse » s'est toujours revendiqué du MNA. Arrêté en 1955 par le colonialisme, il est torturé puis interné jusqu'en avril 1962. Après l'indépendance, il retourne en France, entre au Parti communiste internationaliste et fonde à partir de là avec Simon Aklouf (de son vrai nom Jacques Simon (historien)) le comité de liaison des trotskystes algériens. Le comité avait pour première tâche de faire le bilan de la révolution algérienne, d'en tirer toutes les conclusions et d'analyser la situation politique de l'Algérie à l'époque. C'était au début des années 1970.


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