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dimanche 18 décembre 2011

Youss veillera le marais de Noria Adel


Une écriture originale

Le livre ne comporte aucune indication qui puisse nous orienter sur le pourquoi de ce long poème, unique en son genre et qui nous fait penser aux calligrammes d’Omar Khayyam sinon à la poésie d’Henri Michaux ainsi qu’à celle de « Maldoror » de Lautréamont pour la récurrence des thèmes de la mort, du sang, des émotions.

Un livre de ce type fait d’une suite de mots placés en vertical de la première à la dernière page devrait au moins être précédé d’une préface, sinon d’un avertissement qui aiderait à donner un avant goût de son contenu. Il faut lire d’un seul trait les 95 pages qu’il appartient aux lecteurs avertis de bien baliser pour mieux s’y retrouver. Cependant, il faudrait tenir compte avant de démarrer, de ces quelques indications tout de même significatives de la page six : « à la mémoire de Saâdia Adel Yaâla », et de la page sept : « Une pièce flotte sur l’eau et abrite en son cœur un lit. Vapeur, bois, sombre et étrange lumière sont l’écrin de cette action poétique. En son cœur, un homme, son nom est Youss ».

Deux partenaires à couteaux tirés

Pour apprécier toute la beauté du texte, une lecture ne suffit pas tant la chronologie fait défaut et que les personnages sont désignés par les pronoms de la 1re et de la 3e personne : « Lui-même perdu devant les brasiers qu’il excite, il pense réduire ma raison en un tas de cendres, en un tas de poudre couleur de nuit en me couvrant de sa fumée ...

Malgré cela, je respire ! Cependant, j’avoue vivre par sa présence, un raccord forcé de deux vies ».
L’un des protagonistes semble chercher la moindre occasion pour éliminer l’autres : « il pense réduire ma raison en un tas de cendres ».

Et que d’images macabres évoquées dans les propos du locuteur qui dit ce qu’il éprouve dans la réalité ou le rêve, quelquefois, malgré soi, on fait des prémonitions pour envisager la pire avec l’autre désigné par « il ou elle », « ils ou elles : « Mes muscles. Je les sens se tapir au coeur de mes os. Et de leur retraite macabre, ils me font exhaler la défaillance. Derrière ces écorces, ils implorent que l’on me garde en vie ».

Puis, c’est le monde qui est menacé de disparition ; reste à savoir de quel monde il s’agit, le mot étant polysémique à l’infini : « Cet éclatement anthropophage m’éloigne de mes semblables, ces pâles narcisses hauts, toujours hauts, qui achèvent leurs cimes en s’abattant dans un bruit sourd et barbare alors que le monde s’écroule, que le monde trépasse ».

Le monde dont le locuteur parle est celui de la précarité, de l’incertitude du lendemain, des pires obsessions symbolisées par des images de la mort. Essayez de comprendre par ces propos : « Quel mensonge ! je fonds, je glisse, je me ramasse et je dors. Là, entre les soupirs j’entends : « Allonge toi par terre, au fond de la terre, c’est un lit pour la nuit ».

De temps à autre, quelques rayons de soleil indicateurs de chaleur humaine, d’amour, passage fugitif d’espoir : « à cette marguerite, voulant aimer une marguerite. Et je lui demande si je ne pourrais jamais aimer des mains, du pied ou juste du coeur une marguerite ». Tout ceci traduit la tristesse de deux êtres qui se détestent, rêvent d’un monde changeant qui, parfois, s’écroule en laissant entrevoir des scènes macabres, de corps meurtris, ensanglantés. Cela n’est pas beau à voir, mais ne cesse de coller à la peau des personnages.

En réalité, ce qui nous est rapporté fait partie de ce que chacun de nous vit en rêve, à l’intérieur d’eux-mêmes. L’analyse qui donnerait des explications convaincantes relève de la psychothérapie ou de la psychanalyse. On y a pensé en lisant Lautréamont et Henri Michaux. Noria Adel nous ajoute après maints égarements.

In : www.lanouvellerepublique.com
Boumediene A.

Noria Adel, Youss veillera le marais.
Acte poétique d’un gardien, Association El Beyt, Alger 2009, 95 pages
11-04-2009



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