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samedi 30 juillet 2011

Parlers de jeunes lyceens a Alger

PARLERS DE JEUNES LYCÉENS A ALGER : PRATIQUES PLURILINGUES ET TENDANCES ALTERITAIRES
Abdelali Becetti
ENS d’Alger/ Algérie

Le paysage linguistique et culturel en Algérie offre actuellement des reflets irisés de contacts de langues et de cultures. Une situation kaléidoscopique résultant d’une longue chaine de causalités historiques (colonisation, immigration, crises politiques ou économiques) produisant un « marché franc » (Bourdieu, 1983) très dense et varié. Tant de processus se sont opérés pour faire advenir un schéma sociolinguistique hétérogène dont l’une des caractéristiques est que le divers est plus prégnant que toute velléité de réduction du réel complexe.

Parler de plurilinguisme en Algérie semble aujourd’hui une lapalissade dont de nombreuses études sociolinguistiques ont rendu compte; les unes (Taleb-
Ibrahimi, 1995; Morsly, 1988) montrent la richesse linguistique des répertoires verbaux des Algériens et leur extrême labilité en utilisant des ressources transcodiques (alternances codiques, code mixing, ...) qui mêlent l’arabe avec ses variantes dialectales, le français et le berbère comme étant des stratégies discursives et communicatives; d’autres (Grandguillaume, 1983 et 2004; Benrabah, 1995 et 1999) s’intéressent à la place des langues (notamment le français et l’arabe) dans la société en termes de politique linguistique.

Or, ce qu’il convient de souligner est que cette hétérogénéité linguistique et culturelle est corrélativement liée à une hétérogénéité sociale et ethnique déterminant les changements et pesant sur les modalités d’interactions des acteurs sociaux. Interactions où la part de l’individuel semble se rétrécir au profit d’une collectivité massante transformant l’espace public des relations intersubjectives en un espace altéritaire, lequel performe toute rencontre interpersonnelle (donc interlinguistique) et la rend apte à se modeler sur ses contextes d’émergence et/ou d’actions.

Les pratiques langagières de jeunes, depuis que les études sociolinguistiques commencent à s’y intéresser (Conein et Gadet, 1998; Merle, 1986; Boyer, 1997; Calvet, 1984; Billiez, 1992 et 2003; Goudailler, 1997; Bavoux, 2000) ont toujours porté les marques de la déviance, de l’innovation et de l’écart.

Cette déviation (jeune) à l’égard d’une certaine norme (adulte) fait que la littérature sociolinguistique actuelle focalise son attention sur les modalités, les fonctionnalités et les motivations de ces parlers réputés être déviants (Fagyal, 2004). Les pratiques langagières de jeunes lycéens à Alger font partie, elles aussi, de ces formes langagières, dynamiques et vitales qui sont marquées autant par l’écart (usage d’unités linguistiques innovantes) que par l’accommodement (à la norme).

Or, les parlers (de) jeunes à Alger n’obéissent pas uniquement à la triple fonctionnalité/finalité reconnue dans le champ disciplinaire de la sociolinguistique : crypto-ludique et identitaire mais invoquent, en étant innovants, des désirs altéritaires qui ne sont pas forcément identitaires. Une thèse que nous voudrons soumettre à vérification à travers l’exploration de quelques extraits de corpus dont le caractère hétérogène fera l’objet d’un éclairage théorique et méthodologique servant notre hypothèse.



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