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samedi 17 juillet 2010

Litterature algerienne feminine d'expression francaise


Après des débuts timides et hésitants au siècle écoulé, les écrivaines algériennes d'expression française et arabe d'aujourd'hui (et celles émergeantes de graphie Tamazighte), sont en train de s'imposer sur le plan international, où elles sont de plus en plus traduites...

Regard rétrospectif, en commençant d'abord par les écrivaines algériennes de graphie française : En se référant à l'étude de la linguiste Aicha KASSOUL parue dans la revue «INSANIYAT» du centre algérien de recherche en anthropologie sociale et culturelle sous le titre «Femmes en texte 1857 - 1950 «(Numéro 9, de septembre - décembre, 1999, Vol. 111,3) nous distinguons, regroupées suivant leur date de naissance, les écrivaines algériennes comme suit :

- une première génération (1882 - 1928) représentée par : Fadhma AIT MANSOUR, Amrouche, Taos AMROUCHE, Djamila DEBECHE, Myriam BEN, Leila AOUCHAT... écrivaines qui signent de leurs noms leurs oeuvres ne recourant pas au pseudonyme.

La thématique abordée de cette écriture «première ébauche» tourne essentiellement autour de la quête de soi, à travers la prépondérance de récits autobiographiques, les publications se faisant tantôt à Alger, tantôt à Paris... L'avènement de la guerre d'indépendance marque la thématique de certaines comme Myriam BEN, de son vrai nom, Marylise BEN-HAIM, née le 10 octobre 1928 à Alger, une descendante, par son père, de la tribu berbère judaïsée des BEN MOCHI de Constantine, et par sa mère (d'après la tradition familiale) des savants judéo- arabes des maémonides d'Andalousie. Elle s'engage même dans le combat contre les forces d'occupation, comme agent de liaison du maquis de la région d'Oued Fodda où elle a enseigné, avant d'être radiée des cadres de l'éducation en 1957. Recherchée par la police, elle est condamnée en 1958 à vingt ans de travaux forcés par contumace sanctionnant son courageux militantisme pour l'idéal hautain de liberté et dignité humaine de son peuple opprimé... Aux lendemains de l'indépendance elle rentre à Alger et renoue avec son journal Alger - Républicain. Sa santé vacillante ne l'empêche pas de participer à des stages d'éducateurs, de s'adonner à la peinture et à la musique et d'écrire nombre de textes dont plusieurs attendent d'être publiés. Parmi les oeuvres de cette écrivaine qui a côtoyé KATEB Yacine, F.YVETON et H. Maillot : Ainsi naquit un homme, recueil de nouvelles; Alger la maison des livres, 1982; Sur le chemin de nos pas (recueil de poèmes; Paris, l'Harmattan 1984); Sabrina, ils t'ont volé ta vie (l'Harmattan roman, Paris 1986)... alors que Leila AOUCHAT, française mariée avec un algérien, revendique son assimilation totale (nationale et religieuse,) vécue sans conflit majeur. Djamila DEBECHE pointe, pour sa part, directement sur le thème de la condition de la femme dans la société algérienne jugée archaïque par opposition au milieu émancipé occidental. Née en 1910 (?) dans la commune des Ghiras (Sétif), Malika DEBECHE lance le 25 septembre 1947 le numéro 1 d'une revue féministe «L'action», la même année où elle, publie son premier roman «Leila, jeune fille d'Algérie, imprimerie Charras, Alger 1947). Elle publie également des essais dont «Les musulmans algériens et la scolarisation, Alger 1950 «, «L'enseignement de la langue arabe en Algérie et Le droit de vote aux femmes algériennes, Alger 1950) et un second roman «AZZIZA, Alger, imprimerie Imbert, 1955).

La seconde génération (1930-1940) est représentée par Corinne CHEVALLIER, Assia DJEBBAR, Zoubeida BITTARI (Louise ALI — RACHEDI), BEDYA Bachir (Baya el AOUCHICHE), avec trois recours au pseudonyme, sur quatre.

Le thème traité est celui de la guerre d'indépendance, la condition de la femme, le refus de l'assimilation occidentale d'une part, et le refus de l'aliénation; une affaire «Algéro - algérienne» par opposition au discours assimilationniste de DEBECHE.

- La troisième génération (1940-1950) représentée par Leila SEBBAR, Zinaï-KOUDIL, Yamina MECHAKRA, Hawa DJABALI, Houfani- BERFAS, Aicha LEMINE qui est la seule à porter un pseudonyme.

- La thématique concerne d'abord l'exil avec SEBBAR (6 livres sur les 12 de la période) avec des interrogations sur la question du «métissage, mais progressivement s'installe la revendication sereine de la marge. Leila SEBBAR est elle-même fille d'un père algérien et d'une mère française, tous deux instituteurs. Quittant l'Algérie pour Aix-En Provence et Paris, elle y accomplit des études supérieures en littérature ,collaborant notamment avec les prestigieuses revues «Les Temps Modernes», La Quinzaine Littéraire», «La Lettre internationale «, « L'Actualité de l'émigration ». Elle collaborera également plusieurs années au « Panorama de France-culture », publiant essais, romans et recueil de nouvelles,dont: On tue les petites filles (essai Paris, Stock 1978), les romans et récits, «Fatima ou les algériennes au square, 1981», «Shéhérazade, 17 ans..., 1982 ««J.H. cherche âme soeur,1987».

Dans son oeuvre, l'héritage orientaliste est tantôt tourné en dérision (L'Orient des odalisques), tantôt assumé fièrement (Culture algérienne) notera l'universitaire Aicha KASSOUL à son propos, ajoutant que cette génération, n'aborde point les problèmes sociaux, ce sont particulièrement les difficultés du couple et la question de l'amour «hors mariage «(adultères et mères célibataires) qui sont privilégiées. A un degré moindre, le thème de la guerre sur lequel revient Yamina MECHAKRA (La grotte éclatée, Alger 1979) avec la tentative d'une nouvelle écriture, refusant le reflet de l'histoire officielle, mais exprimant, de manière poétique et symbolique, les stigmates et marques des personnages émouvants d'une histoire dans l'histoire, hors des conventions et des coutumes (récit de l'infirmière — narratrice à la frontière tunisienne).

La quatrième génération est composée de femmes nées ailleurs qu'en Algérie et dont l'âge plus jeune expliquerait l'absence de références biographiques, citons les BOUKHORT, FGHALEM, LACHMET, TOUATI, WAKAS, BELGHOUL..._ qui publient soit en France, soit au canada. Mis à part «La grenade dégoupillée «de Safia WAKAS sur l'histoire de la guerre d'indépendance, aucun des autres récits ne traitera de ce thème. C'est plutôt le thème de leurs aînées, la condition inférieure des femmes, qui est reconvoqué mais avec cette particularité d'un discours agressif, d'introspection violente, qui s'accompagne d'une remise en cause de l'écriture elle - même, rompant avec la monotonie de l'habituelle, quête identitariste, historique ou sociale.

D'une manière générale cette «petite histoire de la littérature algérienne féminine d'expression française de la période 1857 — 1950 «abordée par Aïcha KASSOUL dans, la revue du CRASC d'Oran, et dont nous avons esquissé un aperçu thématique, nous confirme que le terrain de l'écriture féminine épouse nettement les contours d'une histoire et destinée d'une nation dans laquelle les femmes — écrivaines se sentent impliquées, bien mieux ! «Tournant rapidement le dos au problème de l'assimilation et de l'aliénation, les discours des femmes revendiquent le droit d'être une personne à part entière... «Aux discours de partis et de liberté, sont montées au créneau les voix d'opprimées et la revendication des droits de la concitoyenne à part entière, parallèlement à la remise en cause des tabous et des visions étriquées ou réductrices, ne cédant ni au moralisme outrancier de l'orientalisme, ni à la séduction du leurre de l'occidentalisme .D'où cette tonalité sombre et cet aspect grave qui caractérise l'ensemble de l'oeuvre de cette période et qui persistera même au-delà... comme si l'écho de la première des voix qui s'est faite entendre, de Fatma AÏT-MANSOUR, répercutant sa vie d'éternelle exilée, faite de douleurs et de rares moments de joie, est constamment perceptible à travers les oeuvres de ses successeurs ou continuateurs, en général, marqués par la saga des AMROUCHE (Fatma AÏT MANSOUR et ses enfants Taos AMROUCHE, Jean AMROUCHE).

Aux lendemains de l'indépendance de l'Algérie, nombreuses sont les plumes qui se sont tues, après avoir dit, par les mots leurs espoirs, leurs luttes, leurs souffrances et leurs éphémères moments de joie également. Mais la génération post-indépendance qui suit saura introduire une marque originale dans cette littérature, proposant des écritures nouvelles, des regards différents sur la réalité sociale et culturelle algérienne. A l'image de Assia DJEBBAR, cette grande dame de la littérature féminine algérienne d'expression française qui continue d'écrire, innovant sur le plan style et contenu, tout autant que les oeuvres d'autres écrivaines qui ont atteint une ampleur et une dimension universelle.

Alors que la création poétique se fraye une voie originale, amputée du verbe d'Anna GREKI, disparue trop tôt, après avoir laissé une poésie étonnante de vivacité de lucidité et d'anti-conformisme, l'auteur inoubliable de «Algérie, capitale Alger «(Paris, P.J. OSWALD, Tunis, SNE, 1963, préfacée par Mostéfa LACHERAF). Ayant commencé des études supérieures à Paris, Anna GREKI interrompt sa licence de littérature pour s'engager dans la résistance.

Arrêtée en 1957, elle est incarcérée à Barberousse, puis est transférée en 1958 au camp de Beni Messous.Expulsée, fin 1958, elle rejoint en 1962 l'Algérie où elle achèvera sa licence de français et y enseignera jusqu'au 6 Janvier 1966, date de sa mort brutale. Elle compte une autre publication, «Temps forts «(Paris, présence Africaine, 1966), et des textes inachevés dont un roman... Le souvenir de la poétesse qui s'est battue pour l'Algérie ressurgira certainement à l'avenir. Le thème qui émerge surtout durant cette période est celui du couple, de la femme circulante dans l'espace masculin, avec la publication de temps à autre de romans intimistes. Dans les années 1980 de nouveaux auteurs féminins apparaissent, alors que les auteurs connus continuent d'écrire, mais avec plus d'audace, ébranlant tabous et préjugés. Parmi ces auteurs Assia DJEBBAR ,bien sûr , avec L'amour, la fantasia (1985); Ombre sultane, (1987), Leila SEBBAR (Shéhérazade), Aicha Lemsine (La chrysalide, 1976); Myriam BEN (Sabrina, ils t»ont volé ta vie, 1986), et aussi Safia KETTOU, Zehira HAOUFANI, Hafsa ZINAI- KOUDIL, Hawa DJABALI, Nadia GHALEM, Yamina MECHAKRA ...

Toutes crient leur indignation devant le drame de la castration imposée, par la société au couple qui s'aime et désire s'affranchir du poids des chaînes ancestrales et conditionnements sociaux - politiques et religieux, qui minorisent le statut de la femme. Ainsi Zoulikha BOUKHORT qui crie son exaspération dans «Le corps en pièces «(1977), tout autant que Myriam BEN, ou Hafsa — ZIANI —KOUDIL, fustigeant cette société mutilée et mutilante par bien des côtés.

Ce thème de la revendication féminine, de plus en plus présent, requiert naturellement un langage audacieux, et renouvelé pour parvenir à se faire entendre, et à sortir de l'ombre afin de gagner sa place à part entière dans la société, Résolues, les femmes écrivaines investissent l'espace de l'écriture, décidées à contribuer efficacement à la modification de l'état des choses.

Quoique les structures rares de l'édition publique de départ, ne se montre guère encourageante, favorisant de temps à autre à l'occasion de dates commémoratives historiques, la publication de textes souvent accommodants avec les orientations idéologiques des apparatchiks. Mais du delà des années 80, l'après octobre 88 surtout sonnant le glas du règne du parti unique, beaucoup de jeunes écrivaines parviennent à émerger, voire à s'imposer en Algérie et ailleurs, à l'image d'une Nina BOURAOUI, par exemple, ou Malika MOKEDDEM, ou encore Maissa BEY... parallèlement aux autres plumes nouvelles qui pointent dans l'hexagone, et dont quelques unes sont nées en France, ne connaissant rien de l'Algérie, porteuses de bribes de cultures, de langages et d'identités plurielles.

Ce sont, les Farida BAGHLOUL, Leila REZZOUG, Fatiha BEREZAK, Leila HOUARI, etc ... qui écrivent sur les conflits des enfants de la troisième et quatrième génération d'immigrés, en prise avec les contradictions d'un milieu socio - culturel fait d'attraits séducteurs, d'exclusions et d'interrogations sur le devenir... d'où la nécessité de réactualiser sans cesse le combat pour l'honneur et l'amour de la dignité humaine.

Côté littérature féminine, quoiqu'il ne sied guère de parler de littérature féminine et de littérature masculine, mais juste pour signaler qu'elle est très mal connue, imposante par deux noms surtout aux lendemains de l'indépendance (Zoulikha ESSAOUDI et Zhor OUNISSI) dans le roman et la nouvelle et plusieurs autres dans la poésie. Liée, dès sa naissance à un espace civilisationnel. Maghrebo — arabo-musulman, où certains symboles religieux sont omniprésents, la littérature algérienne féminine d'expression arabe, a pu transcender, tout au long de son lent et pénible parcours, évolutif, nombre de tabous et conditionnements idéologiques, en s'enrichissant, notamment de l'expérience des écritures féminines dans la sphère Arabo — musulmane et dans le monde moderne, tout en puisant dans ses ressources internes et références culturelles patrimoniales.A l'instar du reste, de la littérature de leurs concitoyens, Ouettar, BENHADOUGA ,KHELLAS etc...mouvement littéraire algérien dont elle ne se dissocie guère, évoluant de concert, dans sa trajectoire intégratrice, tant bien que mal, de la modernité.

Un défi d'horizons littéraires nouveaux, d'un espace de modernité résolument compris, dans le domaine de l'art que relèveront par la suite de jeunes femmes écrivaines algériennes dont la réputation dépassera les frontières.

Elles succéderont aux pionnières dont certaines, qui quoique mal connues, ont beaucoup fait pour la littérature algérienne féminine d'expression arabe.


C'est le cas de Zoulikha ESSAOUDI. On ne connaît de Zoulikha ESSAOUDI que ses nouvelles disparates, publiées dans la presse (El-Ahrar, El Fajr, El Djazaïria, Amel...) Et dont les recueils n'ont pas vu le jour à cause de sa disparition tragique et l'oubli de ceux qui avaient le devoir de conscience d'éditer ses écrits. Zoulikha a écrit beaucoup de nouvelles sur le thème de la Révolution et des martyrs, mais s'est penchée, dans une deuxième phase sur les maux sociaux, et notamment la condition de la femme et le code de la famille, les tabous sociaux et les interrogations sur l'écriture,prônant un langage humain désacralisé qui refuse les concessions, et les restrictions idiomatiques etc... Dans ses nouvelles (Aardjouna, Derrière la colline, Qui est le héros...) Zoulikha aborde une approche moderniste de la structure du discours littéraire classique sclérosé pour tenter de lui substituer de nouvelles formes, thématiques et esthétiques à même d'exprimer mieux les exigences de la nouvelle société vagissante.

Tâche à laquelle se consacrera, pour sa part Zhor OUNISSI, très connue dans la sphère arabophone, qui prendra à bras le corps les problèmes de la quotidienneté, mais sans pour autant parvenir à dépasser les limites imposées du discours politique et religieux de l'époque. Dans ses nouvelles (L'autre rive, Le trottoir endormi) Zhor OUNISSI, en dépit d'un contexte social culturel défavorable, et de son appartenance au système politique conditionnant, tenta néanmoins d'adhérer aux nouvelles tendances littéraires sans pour autant se délier de ses attaches à son école réformiste imprégnée des idéaux de l'Association des Oulémas et de ceux grandiloquents du discours politique des années 1970. Aussi l'élan direct vers des formes plus évoluées et quelque peu libératrices, c'est à d'autres écrivaines qu'il échut de concrétiser, en dépassant les références sociales politiques (révolution agraire, sensibilisation au code de la famille...) pour aller directement droit au but, comme le tente Jamila ZENNIR avec son ébauche d'un champ d'expression se voulant nouveau, avec les questions abordées de l'amour, du harcèlement sexuel, de l'émigration... Autrement dit une tentative d'ébauche d'une nouvelle écriture qui se veut résolument moderne, avec des possibilités nouvelles de rupture, ne cherchant pas à se référer à l'élément traditionnel, pour affirmer un espace esthétique relativement libéré du tabou limitatif du champ d'expression.

Jusqu'aux années 1990, un seul nom a régné sur le roman féminin, celui de Zhor OUNISSI, auteur d'un seul ouvrage «Journal d'une institutrice», roman qui se veut à la fois, original, lié aux moeurs de la société et moderne, ouvert sur les nouvelles réalités que connaissait l'Algérie. Ce premier roman de Zhor OUNISSI apparaissait beaucoup plus comme un journal littéraire autobiographique, qu'un texte romanesque, plein de références à la «révolution nationale». Et c'est avec son deuxième roman «Loundja Wa Lghoul», paru en 1993, que Zhor OUNISSI rompit avec son style et hésitations d'aller de l'avant. Objectif que réalisa pleinement cependant une certaine poétesse du nom de MOSTEGHANEMI. Ahlam MOSTEGHANEMI très connue actuellement sur la scène littéraire arabo-musulmane et internationale devint célèbre surtout après la parution au Liban d'un roman au texte audacieux et au titre révélateur de: «Dhakirat el Jassad»(Mémoire d'un corps) et que Naguib MAHFOUDH, le Nobel de la littérature arabe apprécia fort. Un véritable ton provocateur dans la société Arabo — musulmane fortement imprégnée de machisme, et que l'écrivaine Ahlam en a laissé transparaître un avant — goût à travers ses poèmes qui ont incontestablement introduit beaucoup de changement dans le langage d'écriture dans la texture de la littérature féminine de langue arabe. Cette poétesse des plus audacieuses connues dans le monde Maghrebo —Arabo — musulman, est née en 1953 à Alger, et fait ses études universitaires à la faculté d'Alger, puis à Paris où elle a présenté une thèse de troisième cycle sur «La femme dans la littérature algérienne», sous la direction de Jacques BERQUE. Son premier recueil de poésie «Au havre des jours» est paru en 1972, et «Ecriture nue» en 1976 à Beyrouth...

Déjà dans ces deux recueils la poétesse mettait en exergue le problème de la démocratie, de la répression de la femme, de l'amour, réclamant liberté et droit à l'expression et à l'initiative concertée pour faire oeuvre utile et constructive, disant nettement ce qu'elle vit sans détour de mots ou de sens, loin des discours voilant la spontanéité et la franchise. AHLAM, tout autant que les poètes de langue française, exprime une angoisse et un malaise d'être, et une impatience de se dire en toute sincérité, révélant par là même l'émancipation bien comprise de la femme qui revendique la liberté pour construire, comme le signalait Jean DEJEUX. Ahlam, nom qui signifie «rêves» et sens du merveilleux en arabe, écrit plutôt sur les cauchemars vécus en plein jour d'un présent amer, dont elle en n'en a que l'amertume qui pèse sur son épanouissement et qu'elle ne pourrait maquiller en termes et propos simulacres, exhalant une réalité plus poétique, plus romantique, et moins dramatique... et pour cause... L'écrivaine fait partie d'une génération d'écrivaines, et d'une pléiade de poétesses profondément imprégnées des maux qui rongent la société, quêtant constamment un nouvel espace d'expression libéré du discours politico-religieux extrémiste, du machisme féodal, des carcans du passé et du milieu ambiant anti-moderniste à souhait quand ça l'arrange (les idées de la modernité sont rejetées mais les produits technologiques et industriels, la voiture, l'ordinateur, la télévision etc.. eux sont bénis et acceptés).

Cette jeune génération, insurgée contre les normes sclérosantes du passé comme en témoigne sa nouvelle poésie (à l'image d'une Mabrouka BENSAHA («Bourgeons») aux vers pleins d'amour et d'amertume amorçant une nouvelle donnée dans l'écriture poétique féminine) qui se distingue par ses innovations au niveau du style, des formes, du contenu et d'une esthétique en général liée charnellement au quotidien et vécu social, et où le corps de la femme, si souvent étouffé, est mis en valeur contrebalançant le tabou de l'image de la femme-objet, soumise et possédée.

Cette image de drame et de désespoir, que la poésie des années 90 en a répercuté l'amer écho de poètes déchirés autant que l'est le corps social (après la regrettée Safia KETTOU, deux jeunes poètes se sont suicidés : Abdallah BOUKHALFA quelques jours avant l'explosion — rupture d'octobre 1988, et Farouk SMIRA en été 1994).

La nouvelle génération de femmes écrivaines, comme Ahlam MOSTEGHANEMI, Zineb LAOUEDJ, Rabia DJALTI, Zahra DIK ou encore les jeunes plumes montantes Yasmina SALAH, Rachida KHOUAZEM, Sara HAIDER etc..., cette génération-là semble déterminée à aller jusqu'au bout du défi relevé de s'imposer coûte que coûte : d'une part sur le plan thématique où elles ont déjà réussi à traiter localement avec brio des sujets brisant audacieusement les tabous tout en travaillant mieux la dimension esthético - artistique littéraire et d'autre part en veillant, en tant que citoyenne à part entière, à contribuer par là même à l'émancipation de la femme, tant il est vrai qu'une femme qui écrit vaut son pesant de poudre «dixit Kateb Yacine».

Par Mohamed Ghriss
Le Quotidien d'Oran


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