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lundi 15 mars 2010

Rachid Boudjedra : Mon hommage a l'Armee

Rachid Boudjedra est le premier écrivain et intellectuel algérien à avoir dénoncé l'islamisme politique et sa barbarie terroriste dans son livre Le FIS de la haine paru en 1994 chez Denöel. Ses ouvrages de la décennie écoulée comme Timimoun, Une Vie à l'endroit ne laissent planer aucun doute sur la paternité islamiste des assassinats et des massacres. Dans cet entretien, il s'exprime sur les retournements concernant cette question tant en Algérie qu'en Occident

Le Matin : Quelles lectures avez-vous faites de la récente parution du témoignage de Souaïdia et de la déclaration des intellectuels français accusant l'Armée algérienne de génocides ?

Rachid Boudjedra : Il y a un parti anti-algérien puissant, manipulé qui arrive facilement à tromper les gens. J'ai été surpris par Pierre Bourdieu dont je déplore l'attitude car c'est un ami. Pierre Vidal-Naquet, c'est connu, est très anti-Etat algérien. L'Algérie ne ressemblait plus à leur rêve.





Ils sont victimes d'un ressentiment amoureux. Bourdieu est un arroseur arrosé. Pourtant, il a longtemps démystifié cette manipulation médiatique et il en a été victime en tant que signataire de la déclaration.
Je l'estime pourtant pour l'amitié qui nous lie. Il aurait pu me demander mon avis sur la question. Il a toujours voulu apparaître comme un symbole idéal de la morale intellectuelle. Pourtant, il sait où me trouver. Mais, d'une manière générale, il appartient à un courant d'intellectuels qui est sous pression comme par cette pétition écrite par La Découverte et à laquelle a participé le FFS. Cet aspect psychologique n'est pas à négliger. De plus, l'Internationale socialiste est, sur la question algérienne, sous l'influence d'Aït Ahmed et elle s'est profondément trompée. Ce sont des courants politiques et intellectuels qui, globalement, ont la haine de l'Algérie. Il faut préciser que la Guerre d'Algérie a été faite par les socialistes français. Mitterrand avait bien piégé l'Algérie et même la France dès 1992. Donc, la sortie de ces deux témoignages ne m'étonnent pas. Le directeur gérant des éditions La Découverte n'est qu'un comploteur. Il voulait des scoops à sa petite maison. Avant cette fracassante déclaration, des intellectuels français et algériens avaient initié une pétition dirigée par Simon Blumenthal. Mais en France, elle n'avait pas fait de bruit. De plus, environ dix livres ayant paru en France et ayant dénoncé l'islamisme sont passés inaperçus dans les colonnes du Monde. Leur tirage réduit explique éloquemment cette manipulation sur les réalités de ce qui se passe en Algérie.

Pourtant plusieurs ouvrages écrits par des Algériens, dont les vôtres, ont dénoncé la paternité islamiste des génocides
Plus de 100 livres écrits par des Algériens ont dénoncé le terrorisme dont les miens Timimoun, La Vie à l'endroit qui s'inspire de l'assassinat de Yamaha par les islamistes, et ceux de Yasmina Khadra a suffi de ces deux brûlots pour nourrir cette dérision politique. Il y a quelques années, Le Monde a publié sept lettres dénonçant l'Armée algérienne. Parmi les signataires : Tahar Benjelloun (Maroc), Djamal Ghitani (Egypte) et Liès El Khouri (Liban). Mais, il faut dire que notre presse, face à ces dérives, manque de vigilance, sinon comment expliquer qu'elle ait comblé d'honneur un Benjelloun qui a écrit des articles odieux sur l'Algérie au moment où elle avait besoin de solidarité. Pour Le FIS de la haine, Le Monde n'en a consacré que quinze lignes alors que présentement La Sale Guerre a fait la une de ses manchettes. Mon ouvrage a été combattu par Le Monde, la bible des intellectuels, et par Libération. J'ai l'impression que la gauche française est contre nous. Je rappelle que la droite française n'était pas pour la Guerre d'Algérie. Victor Hugo fut un fervent partisan de la colonisation au nom de la civilisation de l'humanité.

(hommage a YAMAHA ET RAMBO pour ceux qui les ont oublie
le premier étant la coqueluche de tous les harrachis
et le deuxième un vrai "Rambo" qui n'hésitait jamais a foncer dans le tas de la merde islamiste, seul;
le jour ou il est mort, personne n'avait cru...
Après son enterrement, quelques journaux, un ou deux, l'ont signale
dans une petite colonne de rien du tout...)

A votre avis, qu'est-ce qui a permis ce retour au « Qui tue qui ? »

Des causes, je ne m'intéresse pas du tout. Ce qui est important pour moi, c'est ce qui se passe en Algérie, chez nous, car pour la majorité des Algériens, nous savons qui tue qui. Les islamistes sanguinaires revendiquent jusqu'à ce jour leurs crimes. Je suis fier de cette armée qui se sacrifie tous les jours, qui fait son travail. Je lui rends hommage. L'ANP continue d'assumer sa mission. Elle ne fait pas que des actions de riposte comme à Sidi Bel-Abbès. Elle a engagé des actions structurées à long terme contre le terrorisme à Chlef comme à Jijel. Il est vrai, cependant, qu'elle est gênée par cette confusion politique. Elle subit les attaques d'ici et d'ailleurs et elle ne peut échapper à ce marasme politique.

Cet inconfort dont est victime l'Armée, n'est-il pas dû à la concorde civile ?

Sans aucun doute. J'ai toujours été contre la liberté des assassins, de l'horreur, pervers et cruels, psychopathes qui se pavanent aujourd'hui en toute liberté. Je ne le comprends pas et je refuse de l'admettre. Je m'insurge contre ses éléments politiques, c'est-à-dire la paix avec les islamistes, avec l'ex-Fis alors qu'ils étaient battus, et contre son aspect juridique qui n'est pas appliqué puisqu'il n'y eu aucun jugement. La concorde civile et la concorde nationale permettent aujourd'hui aux terroristes un regain d'existence sur la scène politique et de violence sur le terrain sécuritaire. Le passage de la concorde civile à la concorde nationale fait relever la tête aux islamistes et à leurs alliés objectifs, entre autres Aït Ahmed. Quant à Yous Nasroullah et Souaïdia, ils ont été achetés avec de grosses sommes. Ceux qui en doutent contribuent, en fait, à nourrir cette grossière diversion et cette dangereuse manipulation. Mais la question que je me pose et qui est à mon sens essentielle : que fait l'Algérie, l'Etat algérien, face à ces manipulations ?

Justement, comment expliquer cette absence de riposte ?

Depuis 1990, il y a un déficit médiatique algérien d'autant qu'aujourd'hui face à ces grossières manipulations, aucune voix officielle ne s'élève pour le moment. Est-ce du mépris ? Dans ce cas, il n'est pas payant, car l'État algérien devra s'engager pour défendre l'honneur de la nation et de l'Armée. Sinon, ce silence ne peut que nourrir la confusion, laquelle également ouvre toutes les voies aux manipulations à l'image des deux témoignages. De la timidité ? De la mauvaise conscience ? Mais, aujourd'hui, les islamistes sont à l'intérieur de l'État.
L'opinion publique européenne observe des retournements. Il y a quelques années, on disait de l'Algérie qu'elle serait « le tombeau de l'intégrisme »

C'est clair que l'Algérie sera le tombeau de l'intégrisme. L'opinion publique occidentale est victime de retournements. En tant qu'écrivain, j'ai constaté que lors de plusieurs conférences que je donne en France et ailleurs, les gens arrivent souvent avec des positions pro-islamistes, mais au bout de deux heures, ils les abandonnent. On peut très vite retourner une salle. Il n'y a pas de convictions profondes. Mais, je le répète, c'est ce qui se passe chez nous qui est important.
Régis Debray, dans un de ses derniers essais, L'intellectuel français, suite et fin avance l'idée qu'il y a comme une sorte de croupissement de l'intelligentsia. Peut-on faire le parallèle avec les signataires de la déclaration ?

C'était également les idées de Bourdieu. Je crois effectivement qu'il y a une sorte de fatigue des intellectuels français, pas tous bien sûr, qui sont victimes, happés par des intérêts financiers. Il y a chez cette classe d'intellectuels une sorte de fatigue morale, d'abandon ou de cynisme.
Faites-vous un parallèle entre le débat ouvert en France sur la torture durant la guerre de Libération et les deux témoignages accusant l'Armée algérienne de génocides ?

Oui, à partir du moment où il y eut un débat sur la torture en Algérie durant la guerre de Libération. Il était inévitable qu'une contre-offensive fût déployée par les tenants de l'Algérie française. Le rapport entre les tortionnaires coloniaux avant et durant la guerre de Libération, sur 130 ans, et le terrorisme islamiste est évident.

Mostefa Lacheraf parle de « continuum » de génocides

Absolument. Des tortionnaires de l'Algérie coloniale avouent publiquement à la télévision qu'ils ont commis des massacres et ils en sortent sans être inquiétés.
Le regret ne suffit pas. Cela justifie le terme de Mostefa Lacheraf « continuum » à propos des génocides coloniaux que les tenants de l'Algérie coloniale encouragent sous une autre idéologie. C'est cette logique qui fait dire aujourd'hui que c'est l'armée qui tue. C'est le même phénomène qui continue.

Rachid Boudjedra Interviewé par Rachid Mokhtari
Le Matin, 22 février 2001

www.algeria-watch.org


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