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vendredi 12 février 2010

Nabile Fares


Nabile Farès est un écrivain et poète algérien d'expression française né en 1940 à Collo et installé en France.

Fils de Abderrahmane Farès, Président de l’Exécutif provisoire algérien de 1962, il est né à Collo en 1940 où son père exerçait comme premier notaire musulman en Algérie. Durant la guerre d'Algérie, il participe aux grèves lycéennes de 1956, puis rejoint le Front de libération nationale (FLN), mouvement indépendantiste, puis sa branche armée, l'ALN.
Après ses études en Algérie puis en France (Signification de l'ogresse, Doctorat en sociologie, 1971; La théorie anthropologique au Maghreb. Le cas de la littérature maghrébine de langue française. Recherches de psycho-sociologie de la connaissance, thèse en philosophie et sciences humaines, 1986), Nabile Farès enseigne en France, en Espagne, en Algérie, de nouveau en France où il est maître de conférences en littérature comparée à l'université Stendhal de Grenoble et psychanalyste.

Bibliographie

Yahia, pas de chance, Le seuil, 1970.

Le Chant d'Akli, P.-J. Osvald, 1971; L'Harmattan, 1981.




Un passager de l'Occident, Le Seuil, 1971.

Le Champ des oliviers, Le Seuil, 1972.

Mémoire de l'absent, Le Seuil, 1974.

L'Exil et le désarroi, François Maspero, 1976.

J'ai vu
et, j'ai lentement traversé le dérisoire lieu du retour.
traversé la cour
où nulle herbe ne pousse
où nulle parole ne parvient
où nulle offrande n'existe.
Ainsi
j'ai poussé la porte du lieu, et ma gorge s'est gonflée de colère, haine, désespoir.
J'ai poussé la porte du lieu, et, j'ai vu
L'agneau mort.
Celui dont j'aurais pu être le gardien coutumier pour notre bonheur.
Innocence.
J'ai poussé la porte du lieu et, quelque chose s'est brisé en moi.
Comme une larme.
Ou, un plaisir.
Désanimé.
J'ai poussé la porte du lieu, et, j'ai pu parvenir à l'intérieur de ma durée, car l'intérieur venait de se fissurer.
C'est alors que je me suis mis à frapper.
Oui : à frapper.
Le long cou de la terre.
Et son insignifiance immédiate.
J'ai frappé.
Pour que la terre parle. Dise. Parle.
Comme nous. A son tour. Du malheur.
Du bonheur.
De la vérité. De nos Ignorances.

Chants d'histoires et de vie pour des roses des sables, L'Harmattan, 1978.

La Mort de Salah Baye ou la vie obscure d'un Maghrébin, L'Harmattan, 1980.




L'Etat perdu, Actes Sud, 1982.

L'Exil au féminin : poème d'Orient et d'Occident, L'Harmattan, 1986.




L'Ogresse dans la littérature orale berbère, Karthala, 1994.




Le Miroir de Cordoue, L'Harmattan, 1994.




Le Voyage des exils, dessins de Kamel Yahiaoui, La Salamandre, 1996.

Les Exilées, histoires, dessins de Kamel Khélif, Amok, 2001.

La Petite Arabe qui aimait la chaise de Van Gogh, dessins de Kamel Khélif, Amok, 2002.

Nabile Farès a également écrit plusieurs textes pour le théâtre :

Dialogues d'immigrés en France
Histoire de Malika et de quelques autres
La Nuit de Benjamin
Textes écrits contre un pays défunt
Corps tombés de guerres obscures
La Vie d'Héphaïstos
Complainte des enfants du XXIe siècle

Sur Nabile Farès

Jean Déjeux, Bibliographie méthodique et critique de la littérature algérienne de langue française 1945-1977, SNED, Alger, 1979.
Jean Déjeux, Dictionnaire des auteurs maghrébins de langue française, Paris, Editions Karthala, 1984 (ISBN 2-86537-085-2).
Anthologie de la littérature algérienne (1950-1987), introduction, choix, notices et commentaires de Charles Bonn, Le Livre de Poche, Paris, 1990 (ISBN 2-253-05309-0)

De quoi je me mêle par Nabile Farès

Si je dis le pourquoi. Vous vous rappelez ce moment, cette page, où, dans son livre "Si c’est un homme", Primo Levi parle du "Pourquoi" ­ pour dire le pourquoi ­ à la place du refus nazi, lorsque, en un allemand hésitant, il pose cette question du pourquoi ("Warum") à l’un des gardiens du camp qui lui refusait de se désaltérer avec un morceau de glace "trouvé sur l’appui extérieur d’une fenêtre" (Livre de Poche, page 29), "un grand et gros gaillard", qui lui répond : "Hier ist kein warum" ("Ici, il n’y a pas de pourquoi").

Disparu, donc, le pourquoi qui interroge la brutalité manifeste, l’arbitraire du souverain geôlier, l’homme exterminateur; et Primo Levi, dans ce même livre, écrit qu’ "il n’y a pas de mot dans la langue pour dire la démolition d’un homme". De l’humain entier, en quelque sorte; de l’humain, comme tel; ou, de ce qui, en l’humain, fait qu’il demeure, reste humain en sa capacité d’interroger, de dire "Non", et de dire le pourquoi. Ce "pourquoi" qui interroge la perplexité, la violence stigmatisatrice, l’injustifiable du meurtre, du crime, de la destruction et de l’extermination. Cette destruction qui touche au corps, aux os, à la chair, aux cheveux, aux yeux, aux membres; qui touche à l’esprit, à l’histoire de cet esprit infatigable qui pousse à interroger, à mettre en cause les interdictions, les tabous, les bévues, les monstruosités, les déformations, les injures, qui empêchent les amoureuses, les amoureux, de vivre leurs amours.

Vous vous rappelez, peut-être, ce moment, dans ce même livre, où Primo Levi se souvient de Dante, du "Chant d’Ulysse", où il pose cette question : "Qu’est-ce que la Divine Comédie ?" Et vous vous souvenez alors qu’à la place du chaos, du tohu-bohu initial, du verbe au commencement, de Dieu au commencement, de l’acte au commencement, Dante place précisément l’amour. Pas simplement l’amour divin, mais l’amour qui par sa loi d’attirance peut se faire l’écho d’un lieu qui n’asservirait pas, mais reconnaîtrait l’altérité dont nous sommes, chacune, chacun, tributaires.
Et si je dis le pourquoi d’une écriture et d’une signature au "Manifeste" des libertés, c’est que dans ce "Manifeste" existe une légitimité absolue à combattre des "gangrènes" ­ pour reprendre au pluriel un écrit d’Henri Alleg contre la torture en Algérie, corporelles, spirituelles, actuelles; que ce "Manifeste" a nommé, à partir des voix occultées, irrecevables, oubliées ­ celles des musulmanes, musulmans, et "femmes, hommes, de culture musulmane", dirons-nous ­, un certain nombre de violences suicidaires produites par la misogynie, l’homophobie, l’antisémitisme, et les racismes contemporains. Tout cela sous un titre générique, un but actuel : "Pour une laïcité vivante", à débattre, certes, mais, reprise de cette laïcité qui, si elle doit respecter les croyances, les religiosités, se doit de préserver cet acquis de la liberté de penser ­ non pas autrement ­ mais "ailleurs" que dans l’accomplissement, la réalisation de la destruction de l’humain.

Aussi, ai-je inventé un mot, "musulmanité", pour dire ­ contre les intégrismes, les fascismes, les islamistes politiques ­ que les "musulmanes", les "musulmans", les femmes, hommes, de culture musulmane, font partie, et depuis fort longtemps, de cette humanité commune à cette liberté de penser conquise contre les ténèbres des colonisations historiques, politiques, théocratiques du corps et de l’esprit.

Wikipedia - Nabile Farès
www.limag.refer.org
Présentation et analyse de Mémoire de l'Absent de Nabile Farès

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