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mercredi 11 novembre 2009

Jean Senac



Jean Sénac (1926-1973), né de père inconnu à Béni-Saf en Oranie, le "poète qui signait d'un soleil", fut assassiné à Alger le 30 août 1973. Son meurtre reste encore, volontairement (?) non élucidé (il se savait traqué par le FLN et cible d'un assassinat proche). Algérien ou Français ? Algérien à coup sûr si on considère que cette nationalité fut par lui revendiquée. Il chante la lutte révolutionnaire en qui il met toute son espérance par sa capacité de créer un monde de beauté et de fraternité, dans une Algérie ouverte à toutes les cultures. Il y associe son propre combat : recherche d'identité profonde, à la fois personnelle et culturelle, et sa lutte pour faire accepter son homosexualité : "Ce pauvre corps aussi/ Veut sa guerre de libération". Grand admirateur de Nerval, de Rimbaud, d'Artaud,
de Genet.


Une partie de ses archives est déposée aux Archives de la Ville de Marseille.

Poésie

Poèmes, avant-propos de René Char, Paris, collection Espoir dirigée par Albert Camus, Gallimard, 1954.

Editeur : Actes Sud (21 mai 1992)
ISBN-10 : 2868691196
ISBN-13 : 978-2868691194


Matinale de mon peuple, suivi de fragments du Diwan de l'État-Major et du Diwan espagnol, préface de Mostefa Lacheraf, dessins d'Abdallah Benanteur, Rodez, Subervie, 1961.

La Rose et l'ortie, ardoises gravées de Mohammed Khadda, Paris-Alger, Cahiers du monde intérieur, Rhumbs, 1964.

Citoyens de beauté, Rodez, Subervie, 1967; Charlieu, La Bartavelle éditeur, 1997.

Editeur : La Bartavelle; Édition : Fac-simile (2 juin 1998)
ISBN-10 : 2877443191
ISBN-13 : 978-2877443197


Avant-Corps, précédé de Poèmes iliaques et suivi du Diwan du Noûn, Paris, Gallimard, 1968.

Les Désordres, [poèmes écrits entre 1953 et 1956], Paris, Librairie Saint-Germain-des-Prés, 1972.

A-Corpoème, recueil de poèmes inédits, suivi de Les Désordres, précédé de Jean Sénac, Poète pour habiter son nom, essai de Jean Déjeux, Paris, Editions Saint-Germain-des-Prés, 1981 (ISBN 2243016827).

Dérisions et Vertiges, trouvures, préface de Jamel Eddine Bencheikh, couverture d'Abdallah Benanteur, Arles, Actes Sud, 1983 (ISBN 2903098611).

Le Mythe du sperme - Méditerranée, Arles, Actes Sud, 1984 (ISBN 2903098913).

Editeur : Actes Sud (28 avril 1992)
ISBN-10 : 2903098913
ISBN-13 : 978-2903098919


Les trois termes qui fondent le titre de ce nouveau recueil de Jean Sénac (1927-1973) disent d'emblée l'importance et l'ambition des poèmes : le mythe comme niveau supérieur d'une espérance qui s'est brisée dans la dérision; le sperme comme jaillissement génésique vers l'absolu; la Méditerranée comme le lieu "matriciel" et premier. Les vertiges auxquels le lecteur s'expose dans ce petit livre sont subtilement commentés par Pierre Rivas, le postfacier. Mais d'abord il faut entrer dans les poèmes, dans leur violence, leur véhémence, leur désespoir. Et l'on comprendra que seul un poète de la trempe et de la sensibilité de Jean Sénac pouvait afficher un titre pareil - le Mythe du sperme-Méditerranée - sans se payer de mots.

Oeuvres poétiques, préface de René de Ceccatty, postface de Hamid Nacer-Khodja, Editions Actes/Sud, 1999 [Rassemble l'ensemble des recueils publiés, soit quinze titres].

Editeur : Actes Sud (25 mars 1999)
ISBN-10 : 2742703152
ISBN-13 : 978-2742703159

Pour une terre possible, textes rassemblés, annotés, préfacés et accompagnés de jalons biographiques et d'une bibliographie de Hamid Nacer-Khodja, édition établie par Marie Virolle, Paris, Marsa, 1999 [rassemble huit recueils poétiques inédits ainsi que d'autres écrits, textes politiques, témoignages, critiques littéraires et d'art, correspondances, en majorité inédits].

Editeur : Marsa (1999)
ISBN-10 : 2951123353
ISBN-13 : 978-2951123359


Récit

Ebauche du père, avant-propos de Rabah Belamri, Paris, Gallimard, 1982 (ISBN 2070714128).


Essais

Le Soleil sous les armes, Eléments d'une poésie de la résistance algérienne, Rodez, Subervie, 1957.

Anthologie de la nouvelle poésie algérienne, essai et choix de Jean Sénac (Youcef Sebti, Abdelhamid Laghouati, Rachid Bey, Djamal Imaziten, Boualem Abdoun, Djamal Kharchi, Hamid Skif, Ahmed Benkamla et Hamid Nacer-Khodja), Poésie 1, n° 14, Paris, Librairie Saint-Germain-des-Prés, 1971.

Journal (janvier-juillet 1954), suivi de Les Leçons d'Edgar, Pézenas, Le Haut-Quartier, collection Méditerranée vivante, Edmond Charlot éditeur, 1983 (ISBN 290482300X); Saint-Denis, Novetlé, avec une préface de Jean Pélégri, 1996.

Visages d'Algérie, Écrits sur l'art, textes rassemblés par Hamid Nacer-Khodja, préface de Guy Dugas, [textes notamment sur Mohamed Aksouh, Abdallah Benanteur, Baya, Sauveur Galliéro, Mohammed Khadda, Jean de Maisonseul, Maria Manton, Denis Martinez, Louis Nallard, Louis Bénisti], Paris, Paris-Méditerranée / Alger, EDIF 2000, 2002 (ISBN 28427215X).


Correspondance avec Albert Camus

Jean Sénac, le poète, et Albert Camus l’écrivain, tous deux nés en Algérie, ont entretenu une relation épistolaire et amicale de 1947 à 1958. Cette correspondance est restée largement ignorée jusqu'à ce jour. Les lettres inédites, réunies par Hamid Nacer-Khodja et son essai Le Fils rebelle, racontent l'histoire de l'amitié profonde qui lia les deux hommes.

Quand Sénac, un jeune poète de vingt ans, écrit pour la première fois à Albert Camus celui-ci est déjà internationalement connu. L'Étranger date de 1942 et La Peste vient de paraître. L'écrivain répond pourtant aussitôt à Jean Sénac (24 juin 1947). Ces deux lettres inaugurent une correspondance affectueuse, exigeante et confiante. Elle durera jusqu'en 1958. Les lettres témoignent toutes d'une époque riche et bouillonnante : les deux hommes parlent de littérature, l’œuvre de Jean Sénac s'ébauche et se structure, Camus devient Prix Nobel, plusieurs écrivains de l'époque sont mentionnés dans ces échanges. Cette correspondance concerne aussi leur histoire personnelle face à la lutte pour l'indépendance de l'Algérie, que Sénac soutient de toute son âme, à la guerre qui s'ensuit et aux événements tragiques qui la traversent.

En avril 1958, Jean Sénac qui reproche son silence avec véhémence à Camus lui adresse une lettre de rupture. «Camus, notre frère Taleb vient d'être guillotiné. Je sais à quel point je dois vous irriter, mais quoi ! Ne me suis-je pas juré d'être avec vous d'une insupportable franchise ? De ceux qui voudraient faire de vous le Prix Nobel de la Pacification ne pouviez-vous exiger la grâce de l'étudiant Taleb ?» (introduction à un entretien de Hamid Nacer-Khodja publié dans La Dépêche de Kabylie)

Sur Jean Sénac

Jean Déjeux, Bibliographie méthodique et critique de la littérature algérienne de langue française 1945-1977, SNED, Alger, 1979.

Jamel-Eddine Bencheikh, L'Homme-poème Jean Sénac (poème), Actes/Sud.

Jean-Pierre Péroncel-Hugoz, Assassinat d'un poète, suivi d'un inédit de Jean Sénac, Heures de mon adolescence, préface de Tahar Ben Jelloun, Marseille, Editions Jeanne Laffitte, 1983 (ISBN 2866040031).

Editeur : Jeanne Laffitte (7 janvier 1999)
ISBN-10 : 2866040031
ISBN-13 : 978-2866040031


Poésie au Sud, Jean Sénac et la nouvelle poésie algérienne d'expression française [nombreux inédits], Archives de la Ville de Marseille, 1983.

Jean Déjeux, Dictionnaire des auteurs maghrébins de langue française, Paris, Editions Karthala, 1984 (ISBN 2-86537-085-2).

Editeur : Karthala (17 avril 1992)
ISBN-10 : 2865370852
ISBN-13 : 978-2865370856

Consulter le livre sur Google Books


Le Soleil fraternel, Jean Sénac et la nouvelle poésie algérienne d'expression française (Actes des Rencontres Méditerranéennes de Provence, 1983), Marseille, Editions Jeanne Lafitte, 1985 (ISBN 2866040120).

Rabah Belamri, Jean Sénac, entre désir et douleur, Etude et choix de textes, Alger, Office des Publications Universitaires, 1989.

Anthologie de la littérature algérienne (1950-1987), introduction, choix, notices et commentaires de Charles Bonn, Le Livre de Poche, Paris, 1990 (ISBN 2-253-05309-0)

Hommage à Jean Sénac, Paris, Awal, n° 10, 1993.

Jamel-Eddine Bencheikh et Christiane Chaulet Achour, Jean Sénac : clandestin des deux rives, Paris, Editions Séguier, 1999, 160 p.

Dominique Le Boucher, Les deux Jean; Jean Sénac, l'homme soleil, Jean Pélégri, l'homme caillou (correspondance 1962-1973, poèmes inédits), Montpellier, Chèvre-feuille étoilée, et Alger, Barzakh, 2002, 96 p. (ISBN 2914467052).

Nicole Tuccelli et Emile Temime, Jean Sénac, l'Algérien, Le poète des deux rives, préface de Jean Daniel, Paris, Editions Autrement, 2003, 160 p.

Editeur : Autrement (22 août 2003)
ISBN-10 : 2746703939
ISBN-13 : 978-2746703933


"Poète, bâtard, pédéraste", rebelle à tous les conformismes, Jean Sénac n’a cessé d’affirmer sa liberté, parfois au prix de sa gloire littéraire, sans doute au prix de sa vie. Vie marquée par le mystère et par le drame. Mystère de sa naissance : il poursuivra jusqu’à sa mort l’image d’un père qu’il n’a jamais connu. Drame intime d’un homme dont les prises de position en faveur d’une "patrie algérienne" et l’engagement politique aux côtés du FLN pendant la guerre d’Algérie ont provoqué des ruptures déchirantes, comme celle qui le sépare d’Albert Camus, son "père spirituel". Mystère enfin qui entoure son assassinat en 1973 sur cette même terre d’Algérie, où il est revenu après l’indépendance. Il a fallu trente ans pour que Jean, Sénac trouve enfin la place essentielle qui lui est due dans la poésie contemporaine, pour qu’elle lui soit reconnue au moment où s’ébauche cette réconciliation entre les deux rives de la Méditerranée pour laquelle il a combattu – à sa manière.

Hamid Nacer-Khodja, Albert Camus, Jean Sénac, ou le fils rebelle, préface de Guy Dugas, Paris, Editions Paris-Méditerranée, et Alger, EDIF 2000, 2004 (ISBN 284272206X).

Editeur : Paris-Méditerranée (16 mars 2004)
ISBN-10 : 284272206X
ISBN-13 : 978-2842722067


Jean Sénac et Albert Camus, tous deux nés en Algérie, ont entretenu une relation épistolaire entre 1947 et 1958. Cette correspondance est restée largement ignorée. Les lettres réunies ici par Hamid Nacer-Khodja, et son essai Le Fils rebelle, nous racontent l'amitié profonde qui lia les deux hommes. Quand Sénac, jeune poète de vingt ans, écrit pour la première fois à Camus, celui-ci est déjà internationalement connu. Pourtant l'écrivain répond aussitôt. Ces deux lettres inaugurent une correspondance affectueuse et exigeante. Dans son essai, Hamid Nacer-Khodja démontre que jean Sénac fut le fils rebelle d'Albert Camus, père impossible. Leur relation, qui s'inscrit entre la littérature et la politique, se termine dans l'impasse d'une tragique réalité, la guerre d'Algérie, dont les deux hommes eurent une approche différente.

Bernard Mazo, Jean Sénac, Aden, 2005.

Filmographie

Ali Akika, Jean Sénac, Le forgeron du soleil, 58 mn, Paris, Productions La Lanterne, 2003.

Abdelkrim Bahloul, Le soleil assassiné, 85 mn, coproduction Franco-Belge,Pierre Grise Productions, 2004.


Rencontre avec Hamid Nacer Khodja
www.depechedekabylie.com

"Camus, Sénac, Roblès; Roy...jusqu’où la fraternité ?"

Les relations entre Camus, Roy et Sénac, avant, pendant et après la guerre d’Algérie, leurs divergences politiques sur le devenir d’une terre natale, mais aussi une véritable amitié à hauteur d’homme, était le sujet capital d’une conférence animée par le docteur Hamid-Nacer Khodja au Centre culturel français.

Jean Sénac, le poète, et Albert Camus l’écrivain, tous deux nés en Algérie, ont entretenu une relation épistolaire et amicale de 1947 à 1958. Cette correspondance est restée largement ignorée jusqu'à ce jour. Les lettres inédites, réunies ici par Hamid-Nacer-Khodja et son essai Le Fils rebelle, nous racontent l'histoire de l'amitié profonde qui lia les deux hommes. Quand Sénac, un jeune poète de vingt ans, écrit pour la première fois à Albert Camus celui-ci est déjà internationalement connu.

L'Etranger date de 1942 et La Peste vient de paraître. L'écrivain répond pourtant aussitôt à Jean Sénac (24 juin 1947). Ces deux lettres inaugurent une correspondance affectueuse, exigeante et confiante. Elle durera jusqu'en 1958. Les lettres témoignent toutes d'une époque riche et bouillonnante : les deux hommes parlent de littérature, l’œuvre de Jean Sénac s'ébauche et se structure, Camus devient Prix Nobel, plusieurs écrivains de l'époque sont mentionnés dans ces échanges. Cette correspondance concerne aussi leur histoire personnelle face à la lutte pour l'indépendance de l'Algérie, que Sénac soutient de toute son âme, à la guerre qui s'ensuit et aux événements tragiques qui la traversent. En avril 1958, Jean Sénac qui reproche son silence avec véhémence à Camus lui adresse une lettre de rupture. "Camus, notre frère Taleb vient d'être guillotiné. Je sais à quel point je dois vous irriter, mais quoi ! Ne me suis-je pas juré d'être avec vous d'une insupportable franchise ? De ceux qui voudraient faire de vous le Prix Nobel de la Pacification ne pouviez-vous exiger la grâce de l'étudiant Taleb ?" Il y a un quart de siècle, le poète franco-algérien Jean Sénac (1926-1973) faisait paraître en Algérie et aux éditions Saint Germain des Prés plusieurs anthologies des jeunes poètes d’Algérie. Hamid-Nacer Khodja fut un de ceux-là.

La Dépêche de Kabylie : Pouvez-vous nous donner une idée sur le thème de cette conférence ?

Hamid-Nacer Khodja : Cette conférence entre dans le cadre de la célébration du centenaire de Jules Roy, et a porté sur "Sénac, Camus, Roy, Audisio, jusqu'où la fraternité''. Il s'agissait de relater, par rapport à Sénac qui les a croisé, fréquenté, adulé et commenté, une histoire d'écrivains qui sont autant d'hommes aux "Moi" raciniens hypertrophiés. Ce groupe d'amis a constitué une famille d'esprit sous la houlette de son chef charismatique Albert Camus, puis connu une fraternité littéraire que vient perturber, sinon aliéner, les choix cornéliens de l'Histoire au moment de la Guerre d'Algérie.

Y a-t-il un lien entre ce thème et celui de votre thèse de doctorat ?

Non, cela n'a aucun lien avec le sujet de ma thèse, soutenue en juin 2005 à Montpellier III, et qui a porté sur Jean Sénac, critique littéraire, artistique et radiophonique. On ignore que cette activité de Sénac a été occultée par sa poésie, voire par lui-même qui s'est voulu paradoxalement poète plus qu'homme, croyant ardemment aux multiples missions de la poésie et de l'art.

Sur quoi donc porte votre thèse ?

J'ai démontré dans ma thèse que Sénac a été pionnier en écrivant sur Mouloud Feraoun dès 1946 et sur Mohamed Dib dès 1948. Ces écrivains et bien d'autres (Kateb Yacine, par exemple) étaient ses amis. Sénac a publié leurs premiers textes dans les revues littéraires qu'il animait à l'époque, Soleil, 1950-1952, et Terrasses, en 1953. En pleine Bataille d'Alger, et militant de la première heure pour l'indépendance, il publie en France Le Soleil sous les armes, un essai-manifeste et anthologie sur la poésie de Résistance algérienne qui remonte à l'Emir Abdelkader pour l'affirmation du fait national algérien. Après l'indépendance, il aida les jeunes peintres, regroupés autour de l'appellation "Ecole du Signe", et surtout les jeunes poètes auxquels il consacrera anthologies, réalisations radiophoniques dans des émissions au titre qui sont autant de programmes Le Poète dans la cité (1964-1965) et Poésie sur tous les fronts (1967-1971), sans oublier des récitals poétiques dont il est l'inventeur du genre à compter de 1966, dans le cadre de la première union des écrivains algériens fondée par lui, son secrétaire général, et d'autres en 1963. On peut aisément conclure que Sénac, outre sa fonction d'historien des belles lettres, a joué un rôle capital dans l'émergence, à partir des années 50, d'une littérature et d'une peinture algériennes.

Sénac est considéré comme l’un des exemples luttant par la plume, trouvez-vous qu’il avait ainsi une part dans la lutte pour la cause algérienne, et jusqu’à quel point ?

Bien avant 1954, Sénac a pris fait et cause pour une Algérie algérienne à majorité arabo-berbère. Il a même eu de sérieux ennuis à l'époque en réalisant en juin 1954 une émission sur La Colline oubliée, de son ami Mammeri, où il a osé parler de "patrie algérienne" et — déjà — distingué la littérature algérienne de langue française de la littérature des Français d'Algérie, de l'algérianisme à l'Ecole d'Alger. En France pendant la Guerre d'Algérie, il a été plus qu'un simple porteur de valises, notamment en installant chez son éditeur Subervie une imprimerie clandestine pour Résistance Algérienne et El Moudjahid dont il a été collaborateur de 1957 à 1960. Mohamed Harbi en témoigne dans ses Mémoires. En Algérie indépendante, il a aidé le pays à se bâtir en occupant de nombreuses fonctions.

Quel était votre relation avec cet homme d’union littéraire, spirituel et linguistique ?

J'ai été un ami de Sénac et je le demeure encore et toujours jusqu'à ma mort. Membre de son comité littéraire institué par son dernier testament, j'oeuvre pour la réhabilitation totale du poète et de l'homme, particulièrement en Algérie où il est encore plus ou moins maudit pour sa nature anticonformiste.

Votre thèse est-elle disponible pour le grand public ?

Hélas, ma thèse n'est disponible qu'au niveau des universités françaises conformément à la décision du jury. Elle devrait être sur le site LIMAG, mais mes difficultés de santé et le départ à la retraite de Charles Bonn, fondateur de ce site (il vient d'être reconnu tardivement en recevant le grade de Chevalier de la Légion d'honneur), n'ont pu permettre la concrétisation de cette opération. Je le regrette vivement.

Pouvez-vous nous parler de vos projets ?

Mon projet immédiat a trait à une biographie de Sénac sur lequel on a écrit de tas d'inexactitudes et de contrevérités. Je l'écris avec la collaboration de mon directeur de thèse, Guy Dugas, devenu un ami après avoir été mon maître.

Kafia Aït Allouache

Poèmes

Et maintenant nous chanterons l’amour
Car il n’y a pas de Révolution sans Amour,
Il n’y a pas de matin sans sourire.
La beauté sur nos lèvres est un fruit continu.
Elle a ce goût précis des oursins que l’on cueille à l’aube
Et qu’on déguste alors que l’Oursin d’Or s’arrache aux brumes et sur les vagues module son chant.
Car tout est chant- hormis la mort !
Je t’aime !
Il faut chanter, Révolution, le corps sans fin renouvelé de la Femme,
La main de l’Ami,
Le galbe comme une écriture sur l’espace
De toutes ces passantes et de tous ces passants
Qui donnent à notre marche sa vraie lumière,
A notre cœur son élan.
Ô vous tous qui constituez la beauté sereine ou violente,
Corps purs dans l’alchimie inlassable de la Révolution,
Regards incorruptibles, baisers, désirs dans les tâtonnements de notre lutte,
Points d’appui, points réels pour ponctuer notre espérance,
Ô vous, frères, citoyens de beauté, entrez dans le Poème !

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J'ai vécu de marges, de plaisirs inouïs, de météores.
D'un astre à un autre, d'un chardon à un chardon, d'une fable
A une fable, d'une cendre.
J'ai cru connaître
Et je suis ignorant.
Verbe, Ô Boraq ! puis-je prétendre
Au matin quotidien - la nappe,
Le bol fumant, le beurre, le pain bis,
Et la paix d'une main de femme ?
Au bivouac de la famine
Tant de noms - et quel bruit torride
Font mes poubelles précieuses !
Mes fresques fantastiques, mes égoïstes, mes données,
Entre deux draps
De la margelle au cratère.
J'ai cru rêver : je mâche Le miroir de la mort.
Et tous mes os sont faits de ces déchets d'empires !
Tes yeux, s'ils existent quelque part, qu'ils pilotent mes requins !
Il suffit que tu me nommes, Je serai nu.

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« Rien…
Rien,
C’est un mot qui fuit
D’une vertèbre à l’autre.
Rien,
C’est une brindille
Qui casse sous la joue.
Rien,
C’est dans un rocher
Un peu de mer qui brûle.
Rien,
C’est la liberté
Qui blesse vos pieds nus. »

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Cet homme portait son enfance
sur son visage comme un bestiaire
il aimait ses amis
l'ortie et le lierre l'aimaient
Cet homme avait la vérité
enfoncée dans ses deux mains jointes
et il saignait
À la mère qui voulut enlever son couteau
à la fille qui voulut laver sa plaie
il dit "n'empêchez pas mon soleil de marcher"
Cet homme était juste comme une main ouverte
on se précipita sur lui
pour le guérir pour le fermer
alors il s'ouvrit davantage
il fit entrer la terre en lui
Comme on l'empêchait de vivre
il se fit poème et se tu
Comme on voulait le dessiner
il se fit arbre et se tu
Comme on arrachait ses branches
il se fit houille et se tu
Comme on creusait dans ses veines
il se fit flamme et se tu
Alors ses cendres dans la ville
portèrent son défi
Cet homme était grand comme une main ouverte.

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J’aime écrire parce que c’est
Te couvrir de caresses,
Nommer ta chair dans plus féroce au-delà,
Et boire, à même nos songes,
D’une même bouche épurée,
Ces mots fous de soleil et d’orange sanguine!

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Miroir de l'églantier

Feu de sarments dans tes yeux
Feu de ronces sur tes joues
Feu de silex sur ton front
Feu d'amandes sur tes lèvres
Feu d'anguilles dans tes doigts
Feu de laves sur tes seins
Feu d'oranges dans ton coeur
Feu d'oeillets à ta ceinture
Feu de chardons sur ton ventre
Feu de glaise à tes genoux
Feu de bave sous tes pieds
Feu de sel et feu de boue
un incendie réel
tout droit sur la falaise
un faisceau de saveurs
où je me reconnais

Mère ma ténébreuse

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Le soleil c’est pour le Bon Dieu
Et le feu c’est pour les soldats
Nous sommes tous fous, m’sieur Jean
Dieu nous a tout donné
La main pour caresser
Et elle sert à tuer
La grenade pour la bouche
Et elle sert à mutiler
La terre pour tapis
Et elle sert à enterrer
Pourquoi tout ça, m’sieur Jean ?
Pourquoi ?
Dieu nous a tout donné
L’arbre pour son ombre
Et il sert aux embuscades
Le couteau pour l’orange
Et il sert pour la gorge
La nuit pour reposer
Et elle sert à veiller
Nous sommes tous fous, m’sieur Jean
Si tu veux boire la mer
C’est la mer qui te noie
Quand Dieu te donne un fils
Ce n’est pas pour l’enterrer
Mais tu dois sourire, m’sieur Jean
Le sourire c’est pour les vieilles
Le sourire protège les vieilles
C’est leur voile de mariée
Nous avions une odeur de jasmin
Et maintenant regarde, m’sieur Jean
Regarde mes bras et mes mains
La main qui sert à caresser
Sert aujourd’hui à mendier
Nous étions rose, jasmin et lilas
Regarde ma bouche et mes cheveux
Le sourire protège les vieilles
C’est leur voile de mariée
Il ne me reste que mes yeux
Et c’est pour voir mon fils tué
Regarde la lune dans le ciel
C’est une branche de palmier
Regarde là-haut cette montagne
Regarde cet avion qui passe
Mon fils aussi l’a regardé
Le soleil pour le Bon Dieu
Et le feu pour les soldats
Quand Dieu te donne un fils
Ce n’est pas pour l’enterrer
Mais plus haut il y a un figuier
Et une eau qui ne tarit pas
Plus haut il y a un jardin
Je vais mourir, m’sieur Jean
Regarde la lune qui se fend
Je vais mourir sans mon enfant
Mais il faut sourire m’sieur Jean
Le sourire protège les vieilles
On va m’enrouler dans un voile
Et me coucher seule dans la terre
Il faut sourire m’sieur Jean
C’est mon voile de mariée
Mais si tu marches dans un jardin
Pense à moi, m’sieur Jean
Pense à ta vieille Fatima
Elle a soigné ton enfant
Le sien elle ne l’avait plus
Quand Dieu te donne un fils
Ce n’est pas pour l’enterre
Pense à moi et puis souris
Moi je serai dans le jardin
Mais dis qu’que chose, m’sieur Jean
Dis qu’que chose toi qui sais lire
Dis qu’que chose pour que les autres
N’aient pas besoin de ce voile
Pour avoir sur terre un jardin

-------------

[...] Maintenant l’arbre se souvient
d’une feuille étrangère
qui le liait au ciel
L’œil est témoin des drames invisibles
la parole crépite au désert d’une larme
Celui qui sait,
sa vie devient un bois d’épines.

--------

Ta présence
Eut anéanti le poème?
Le monde a-t-il tellement besoin de poèmes?
N'a-t-il pas besoin d'hommes heureux
D'un bonheur silencieux furibond sans axe?
De tes lèvres à mes lèvres
Le poème ne serait qu'un paraphe
Sans postérité sur l'espace fantastique
Le temps émerveillé
La mort vaincue
Toi et moi devenus vie
Serions création continue
Nul besoin de trace.
Corpoème, qu'en ferions-nous?
Athènes et Jérusalem Conjuguées (Conjurées)

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