Recherche personnalisée

samedi 7 novembre 2009

Abderrahman Benhamza

Abderrahman Benhamza, écrivain et critique d’art, est né en 1952 à Marrakech, parmi ses oeuvres et ses livres, on trouve : "Le Voyageur" (1975), "Lumières fragiles et profonds déserts" (1977), "Chant en do mineur" (1981) et "D'un sommeil à l'autre", "C'est ici que ça se passe" poète en français (2007)... etc.

Dans ses publications littéraires, il nous fait part de son voyage intérieur à travers un style simple, clair et accessible, comme disait Boileau : «Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément». Son art d’écrire donne une personnalité à son acte créatif dans une nouvelle ère de communication artistique et allie réalisme et imagination dont le bon sens est la chose du monde la mieux partagée.



Votre parcours littéraire et artistique, ses tournants et ses aboutissants ?

Abderrahman Benhamza : J’ai commencé, comme tout le monde, par publier dans les journaux début des années 1970, des poèmes surtout, rarement des nouvelles car j’aimais aussi en écrire de temps à autre. C’était une période d’apprentissage et de découverte de soi plus qu’autre chose... Avec le temps, j’ai pu me faire éditer, en France notamment; c’étaient généralement des recueils de poèmes, aujourd’hui épuisés pour la plupart, mais on peut en retrouver des passages dans des anthologies de la poésie marocaine de langue française ou de la poésie française tout court. Il m’est arrivé aussi de publier des récits en livre comme "Chant en do mineur" au Canada en 1981, ou en revue comme "Portrait d’une maison" chez Proc-Culture d’Omar Malki à Rabat en 1977, un texte rare, dont je n’ai malheureusement gardé aucune copie et que je tiens toujours pour important dans mon parcours. Mais c’est dans le genre poétique que je me suis le plus exprimé. Fin du mois courant, je sors en France un dernier livre, une anthologie poétique à ma manière, regroupant 43 poètes écrivant directement en français ou traduits dans cette langue, dont quatre Marocains, avec des textes critiques de présentation et d’analyse de leurs travaux. A côté de la littérature, il y a la création plastique qui reste une 2ème préoccupation intellectuelle d’importance. Il me semble que ce qui se fait dans ce domaine n’est pas étranger à mon travail sur les mots, partant sur le réel. Au départ, j’y suis allé avec cette idée, d’abord velléitaire, qui s’est peu à peu transformée en un intérêt évident pour la peinture ou les arts visuels, à force de fréquenter les artistes et les expositions.

Que pensez-vous de la littérature marocaine de langue française, ses contraintes et ses enjeux ?

Depuis le début des années 80 du siècle dernier, le paysage littéraire marocain de langue ou d’expression française s’est accru de nouvelles plumes souvent de qualité. Je dis souvent parce qu’il y a des déchets. Une floraison de romans et d’essais surtout est venue grossir les rayons des librairies nationales et c’est heureux de constater là la continuité sinon la relève d’une pratique littéraire en telle graphie dont on avait beau augurer de sa disparition avec l’avènement de l’arabisation. Cela dit, et puisqu’on parle de langue française, le problème dont souffrirait celle-ci en terre marocaine est d’ordre surtout logistique : un certain laxisme de nos éditeurs qui n’ont jamais eu vraiment à ce propos de projet éditorial déclaré et qui acceptent, parce que subventionnés ici et là et donc rentrés dès le départ dans leurs frais ou bien parce qu’appelant au partage des frais d’impression pour ne pas dire pratiquant le compte d’auteur, de publier n’importe quoi. La plupart, sinon tous ne disposent d’aucun comité de lecture, de peur sans doute de grever leur budget par des charges «inutiles», et ils ignorent du fait les vraies demandes du marché. De même ils n’investissent pas dans les médias pour assurer la promotion de leurs produits; ils se contentent d’un simple dépôt en librairie, misant sur les hasards d’une vente qui souvent couvre l’année entière en pure perte. Le livre (de création ou de recherche) se voit ainsi cantonné dans une circulation quasi clandestine si, pour l’essentiel, il ne se contente pas tout simplement d’exister. L’écrivain marocain de langue française préfère dans le meilleur des cas recourir à des éditeurs étrangers. Au moins, espère-t-il, trouver là, une fois son livre sorti en librairie, une certaine audience, parfois une reconnaissance médiatique qui risque de le mener tout droit à la gloire. Cas de Tahar Benjelloun par exemple. Autrement dit, la situation ordinaire du livre marocain en français, quels qu’en soient la portée morale et l’impact sur l’avenir, est à l’image de son milieu vital, un milieu marqué par une indifférence pour les choses de l’esprit de plus en plus prononcée aujourd’hui (cela est dû en grande partie à l’analphabétisme et à la pauvreté), d’autant plus que, de son côté, l’Etat via son ministère de la Culture ne daigne pas s’engager suffisamment à ce sujet, en lançant des campagnes culturelles, sérieuses et substantielles, au nom de la lecture et du savoir en général, seules pierres de touche pour s’assurer chez les gens d’une véritable prise de conscience citoyenne.

Vous êtes parmi les écrivains préoccupés par la création picturale au pluriel, quelle est votre réaction en contemplant le paysage des arts plastiques au Maroc ?

J’estime que la richesse des arts plastiques au Maroc est d’abord à évaluer en termes beaucoup plus quantitatifs que qualificatifs. Richesse qui s’explique par une explosion de talents venus de diverses régions du Royaume et dont le fait est dû en grande partie aux conjonctures sociales et économiques que traverse le pays, où la liberté d’expression est plutôt motivée par des facteurs d’ordre psychologique : affirmation de soi, capacité de se débrouiller, besoin d’une certaine reconnaissance matérielle et morale, que par un sens de la recherche à caractère scientifique, celui-ci étant historiquement lié à des impératifs existentiels, quête du nouveau, exploration de terres inconnues, questionnement essentiel du comment et du pourquoi des formes et des choses... Cette richesse de talents est ainsi marquée par une grande diversité de styles mais en même temps par une étrange ressemblance dans ses motivations extérieures. Nous sommes alors là devant une situation contradictoire, où la venue à l’art paraît parfois comme une imposture, où ce qu’on demande à l’art devient une occasion propice à de petits calculs mercantiles, tout à fait étrangers à l’esprit de l’art. J’ai toujours pensé que la création plastique doit avoir une base historique qui en accréditerait l’exercice et l’orienterait de manière saine et tangente. Si l’art reste dans son essence un acte de liberté suprême, ses racines n’en demeurent pas moins ancrées dans le sol qui l’a vu naître et pousser. Le surréalisme reste à mon avis l’exemple le plus concret. Né des conflits qu’a connus la France de l’après-guerre (14-18), il est venu révolutionner un état socio-politique qui a atteint une overdose de sang où furent abandonnées toutes les valeurs anciennes. A cet effet, la peinture surréaliste se fait l’expression hyperbolique d’une humanité saturée de souffrance, en quête d’un nouvel air à respirer, que le marxisme et le freudisme vont lui fournir. Les autres mouvements plastiques attestent aussi leur appartenance conflictuelle au milieu dont ils sont issus, avant de prétendre à un universalisme confortable. Au Maroc et à la lumière de ce qui a été avancé plus haut, il est difficile de parler d’une histoire de la peinture, à moins de le faire par analogies et comparaisons, sauf peut-être en ce qui concerne le secteur de l’architecture traditionnelle, où prédomine l’esprit du passé...

Qu’en est-il de la critique d’art au Maroc ?

Comme la peinture, la critique d’art au Maroc est récente. C’est généralement une critique appréciative, à relents journalistiques et qui ne s’embarrasse pas trop de détails analytiques ou autres. Les critiques, et ils ne sont pas légion, essayent surtout de comprendre ce qui se fait et pourrait se faire de mieux à ce propos. Vu le nombre restreint des bons artistes qui comptent sur la scène, il est encore prématuré de songer à une spécification susceptible de nous éclairer sans avoir encore besoin d’établir des similitudes, ni à un travail de classification approfondi où pourraient se reconnaître les véritables apports plastiques des Marocains en matière d’art. Nous manquons de recul, d’autant plus que beaucoup de nos peintres font tous à peu près la même chose mais sans trop s’en apercevoir et que l’originalité dont se réclament certains n’est au fond qu’un simple leurre. Alors on préfère citer les mêmes noms, c’est-à-dire ceux qui ont commencé les premiers à peindre, les précurseurs comme on aime dire. Cela fait courir aux critiques le risque de dire toujours la même chose… Il est vrai que le don de la création n’est pas donné à tout le monde. Alors on loue à la place les compétences, l’habileté technique, une certaine discipline dans la présentation. La critique d’art au Maroc doit suivre pour se prononcer, et ce qu’elle dit dépend généralement de ce que l’artiste offre ou sait lui offrir.

Quelle est votre opinion du marché de l'art au Maroc ?

Je pense que c’est une bonne chose qu’il y ait chez nous des places de ventes aux enchères dignes de ce nom. Cela ne peut que profiter davantage à l’art et aux artistes qui voient ainsi leurs œuvres bénéficier d’un intérêt supplémentaire non moins édifiant, celui de se faire valoir et d’être autrement promotionné au vu et au su d’une élite marchande et collectionneuse, qui a sans aucun doute son mot à dire là-dedans. Comment approchez-vous ce rapport interactif : peinture / poésie ? C’est un rapport des plus étroits. L’histoire en a retenu quelques exemples illustres : Mallarmé etManet, Degas et Ludovic Halévy, Daumier et Les Fables de La Fontaine, Renoir et Berthe Morisot et Mallarmé encore, entre autres. C’est aussi un genre de collaboration intellectuelle qui a toujours porté des fruits car il se fait essentiellement sous le signe de l’amitié probe et sincère. Le facteur affinités est aussi indispensable pour réunir peintres et poètes et leur faire parler à peu près le même langage. En général, quelle est votre conception de la critique d'art ? La critique d’art, c’est «comme la voyance», pour reprendre une expression du critique français Jean-Luc Chalumeau. L’œuvre d’art accomplie se présente généralement comme un espace clos à investir et à essayer d’éclairer du dedans. Plusieurs démarches semblent possibles. La moins convaincante cependant, à mon avis, est celle qui utilise encore le discours académique dont les enseignements sont devenus pléonastiques et superficiels au point de paraître nuls et non avenus. Aujourd’hui, ce qui domine dans la critique d’art, celle signée par les spécialistes tels Michel Ragon, Philippe Dagen ou Jean-Louis Pradel, c’est un certain sens de la description qui n’en est pas une, au fond, car elle n’a rien de naturaliste et repose sur une observation synoptique où s’interfèrent toutes les composantes plastiques, vers une synthèse qui place l’œuvre dans sa véritable perspective. La lecture critique s’évite ainsi l’écueil des fausses approximations et de l’a priori littéraire, elle cible la teneur et l’essentialité pressentie de l’acte pictural. Dans son approche, Pierre Restany aimait plutôt raconter, lui, dans un style où transparaît un réel désir d’écriture, avec une prédilection pour certaines consonances, destinées à rendre plus gustative, verbalement parlant, la création plastique. Sa narration est une heureuse instrumentalisation scripturale allant de pair avec ses connaissances critiques, une plongée dans l’univers émotionnel de l’artiste pris au travail. C’est à l’exemple de ces critiques que je vois devoir se faire la critique d’art au Maroc, à d’autres exemples aussi, certes, et qui sont tout autant admirables et que je n’ai pas cité, que la critique d’art au Maroc pourrait devenir à son tour créatrice de sens, du moins être une bonne initiatrice. Vous avez créé avec feu Abdelmajid Hannaoui une revue d’art, "Matrice des arts", dont ne sont parus que quatre numéros. Sur quels critères acceptiez-vous tel artiste et pas un autre ? "Matrice des arts" avait la prétention de vouloir mettre en exergue d’abord les bons peintres marocains, sans oublier le rôle promotionnel que nous nous sommes assignés dès le départ. A. Hannaoui et moi-même tenions à ne publier que ce que nous croyions être de bons textes capables de servir la cause plastique en général et l’artiste retenu en particulier. Nous y avons réussi en quelque sorte, et nous aurions pu continuer n’était la mort qui emporta le directeur de la revue et a fait suspendre la publication. Vos projets en cours ? Il y en plein la tête. Comme toujours, le problème, c’est de pouvoir les réaliser. Mais tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Adage qui est parfois d’un certain secours.

Poètes Marocains de langue française

Par Jean Déjeux

BENHAMZA Abderrahman Né en 1952 à Marrakech, Abderrahman Benhamza est professeur de français et critique littéraire. Il a fait apparaître des récits : chant en do mineur (1981) et d'un sommeil à l'autre. De même le Voyageur est un récit précèdent des petits poèmes (1975). Mais c'est surtout dans lumières fragiles et profonds déserts (1977) que le poète nous fait part de son voyage intérieur. A la différence d'autres poètes marocains, nous ne voyons pas ici la révolte ou la douleureuse incertitude face à l'identité. Chez Benhamza, tout paraît au contraire en demi-teintes : discrétion, réserve, contrainte m'eme dans un premier recueil où il ne donnait pas sa densité profonde. "Do mineur", "petits" poèmes, lumières "fragiles", autant de titres ou d'images qui indiquent la retenue du poète, "sa main de chair qui tremble de mots".
Dans Lumières fragiles, il se dévoile en marche vers l'amour, du moins vers un "royaume ou l'amour/ est un grand iris bleu". Tout se passe comme si le poète avançait prudemmnet, ayant peur de crier trop fort, de gêner. Tout ici est fait de fines touches d'obsrervation, de souvenirs heureux ou d'autres nostalgiques. La tendresse est présente au coeur de ses poèmes et ce n'est pas une mince nouveauté, dans la poèsie maghrébine, que quelqu'un se livre au lecteur ainsi, alors que d'autres pensent qu'il faut crier pour se faire entendre. Abderrahman Benhamza exhorte la Bien-Aimée à venir dormir :
"du doux sommeil des plantes
En ce pays de haute mémoire
C'est l'heure des rêves vivants"
Ses images sont celles de "rumeurs de soie", d'"arbres pleins de romances", de "saules pleureurs au corps de poètes". Il a mis "autour de (s) on cou u collier d'horizons bleus". Effectivement, les couleurs paraissent jouer, elles aussi, un rôle discret dans cet univers de mélancolie, de quête de plénitude, de fragilité des êtres. Au centre de cette expression du voyage intérieur, on devine une amitié, une qualité de l'être qui ne sauraient être illusions du lecteur.
Aux dernières tables de la nuit
Et pour en être là que faut-il
Je rêve à des femmes comme des poèmes
Dans l'alphabet des oiseaux
Lorsque l'amour est une momie
*****
Les gens qui dorment comme des oiseaux
Chacun un cristal de nuit
Sont des petits jardins
Plongés dans l'eau des rêves
Où tout est fou
*****
Rêves à de grandes lunes
Qui les éclairent du dedans
A perte Vue
Et l'amour est une allée
Jonchée de baisers
---Et d'aube
*****
Ne réveillez pas l'enfant qui dort
La folie est aux cimes des arbres
belle de plusieurs tragédies
cette femme qui vient du verger
Allumée de chants
Avec un sourire d'image
Comme d'une grande légende
Mais tout cet or répandu--
O trop de chance--
Et qui habite le rêve n'a pas de maison.
*****
Je sais que les larmes sont une vigne
N'en fais pas un deuil de terre
Combien l'eau n'est-elle pas confinéé
A l'effeuillement des corps
Je t'aime comme les orgues de solitude
Un air tourmente ton coeur
D'un brun de mémoire exquis
Ta voix est celle d'une prairie
Je t'aime pour tout ce qui me reste de l'enfant
Le musc des légendes
Et le brillant des naissances

www.attalib.org
www.facebook.com - Abderrahman Benhamza
Recherche personnalisée