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jeudi 5 novembre 2009

Abdelhak Serhane

Né en 1950, Abdelhak Serhane est écrivain et professeur de l'enseignement supérieur à l'Université Ibn Tofaïl à Kénitra (Maroc) dans la faculté des Lettres et des Sciences Sociales. Il a deux doctorats d'Etat, en psychologie et en littérature française. Son doctorat de troisième cycle est en psychologie.

Messaouda, roman, Seuil, 1983.
(Prix Littéraire des Radios Libres, 1984)
ISBN-10 : 2020530503
ISBN-13 : 978-2020530507


Prostituée, initiatrice, sorcière, Messaouda est un personnage de légende. Elle fait l'unanimité des désirs, et chacun la vénère comme une sainte. Dans un monde hanté par ses terreurs, elle incarne la liberté et la vie. Après sa mort, Driss répudiera son épouse, abandonnera ses enfants, s'en ira à la recherche de sexes pubères ou incrédules. Il ne tardera pas à trouver des matrices ouvertes à ses obsessions. Quant à son fils - le narrateur -, il apprendra l'atroce vérité sur la médiocrité de son père qui fut mêlé aux événements sanglants de la colonisation.

L'extraordinaire violence de ce récit jaillit des souvenirs, des rêves et des fantasmes d'un jeune Maghrébin. Messaouda dit l'angoisse terrible d'une solitude, parmi d'autres solitudes. C'est le roman d'un peuple oublié, tapi à l'ombre d'une histoire silencieuse.

Les Enfants des rues étroites, roman, Seuil, 1986.
ISBN-10 : 2020564750
ISBN-13 : 978-2020564755


Les enfants de la rue, déjà acteurs principaux de Messaouda, forment le second roman de Serhane. Mais après l'indépendance, les maux du Maroc se sont accentués. Le chômage, la répression policière, la corruption des administrations ne font qu'aggraver les inégalités. Deux amis, le narrateur et Rahou, décident de s'exiler : l'un va en France, l'autre part avec sa mère répudiée. Lorsque, plus tard, le narrateur revient à Azrou, la ville n'a pas changé, et elle n'est, finalement, que le reflet d'une société qui a perdu sa dignité. Violent réquisitoire contre la corruption, interrogation inquiète sur le bouleversement des valeurs, roman de moeurs et de satire sociale, Les Enfants des rues étroites est aussi et surtout l'histoire d'une amitié qui défie la faute et dépasse le pardon.

Kinder der engen Gassen, roman, Verlag Edition Orient, 1988.
ISBN-10 : 3922825311
ISBN-13 : 978-3922825319


Le Soleil des obscurs, roman, Seuil, 1992.
(Prix Français du Monde Arabe, 1993)
EAN13 : 9782020126120
ISBN-10 : 2020204487
ISBN-13 : 978-2020204484


Le Deuil des chiens, roman, Seuil, 1998.
EAN13 : 9782020320511


L'amour circoncis, roman, Paris-Méditerranée, 2000.
ISBN-10 : 2842720962
ISBN-13 : 978-2842720964


Pommes de grossesse, roman, Paris Mediterranee, 2000.
ISBN : 2842720830


La chienne de Tazmamart, roman, Paris Mediterranee, 2001.
ISBN : 2842721071


L'homme qui descend des montagnes, roman, Seuil, 2009.
ISBN-10 : 2020999757
ISBN-13 : 978-2020999755


Dans ce récit d'inspiration autobiographique, Abdelhak Serhane nous livre le portrait émouvant d'une enfance marocaine dans les années 1950 au sein d'une famille très pauvre installée dans un village isolé du Haut-Atlas. Enfance douloureuse marquée par une extrême misère matérielle et affective, et dominée par la figure d'un père violent et d'une mère soumise. C'est pourtant dans ce contexte que le jeune narrateur va faire son apprentissage de la vie, s'initier au français en lisant les bribes de journaux dont son père a tapissé le plafond de sa masure, et prendre peu à peu conscience de la condition peu enviable de ses compatriotes subissant l'arbitraire d'un pouvoir archaïque. Car à travers la profusion d'anecdotes souvent touchantes qui ponctuent l'histoire de cette famille, c'est en filigrane un tableau au vitriol d'une société gangrenée par la corruption et les interdits religieux qui est ici brossé, à mille lieues de l'image parfois complaisante que l'on peut avoir en Occident de la monarchie alaouite. Un livre engagé servi par une plume alerte et une verve expressive.

Les Temps noirs, roman, Seuil, 2002.
ISBN-10 : 2020516861
ISBN-13 : 978-2020516860


Nous sommes au Maroc, à la veille de la seconde guerre mondiale. Depuis 1912, le pays vit sous le régime du protectorat. Avec la complicité plus ou moins active des autorités locales, les puissances occupantes (France et Espagne) font partout régner un ordre de fer, pillant les ressources naturelles, pliant les populations à toutes les corvées et toutes les humiliations... Les deux héros de ce roman, le narrateur et son double, Moha Ou Hida, à peine sortis de l'enfance, n'ont pas connu d'autre réalité. Pour eux, les temps sont noirs, en effet. Ils doivent subir le poids des traditions ancestrales que viennent sans cesse contredire les séductions des "protecteurs". Et puis que restera-t-il de leur existence quand la grande Histoire sera passée ? Une légende, peut-être, mais une légende vraie : celle qui retrace les exploits de Abd-el Krim, le héros de la guerre du Rif qui sut défaire les Espagnols avant d'être vaincu par la coalition des puissances européennes. En interrogeant cette période occultée de l'histoire de son pays à travers le regard de deux adolescents, l'auteur nous donne à lire un véritable roman de formation . Comment grandir entre l'orgueil des origines et l'humiliation de la soumission, entre la légende héroïque et la lâcheté quotidienne ? La question ne vaut pas que pour les individus : c'est toute la société marocaine d'aujourd'hui qui est ici passée au crible de sa douloureuse genèse.

Poésie

L'Ivre poème, Al Kalum, 1989.

Chant d'ortie, L'Harmattan, 1993.
ISBN-10 : 2738416233
ISBN-13 : 978-2738416230


La Nuit du secret, Atelier des Grames, 1992.

Le silence est déjà trop tard Abdelhak Serhane, Paris Mediterranee, 2000.
ISBN : 2842720857




Les dunes paradoxales, Paris Mediterranee, 2001.
ISBN : 2842721136


Le soleil tisse sa toile rouge sur l’espace. Le désert se vit. Dans la solitude et dans le silence du bout du monde. Et puis, il y a la liberté. C’est le sentiment du néant, cruel et infini, qui donne ce sentiment de liberté balisée de petitesse. La peur vertigineuse du vide. La brûlure du soleil quand il tombe vertical sur les pierres. La douleur de la soif quand la route ne s’arrête plus. Le Désert ne se dit dans aucune langue. Il se dit dans sa langue propre.

Nouvelles

Les Prolétaires de la haine, (Recueil), Publisud, 1995.
ISBN-10 : 2866005929
ISBN-13 : 978-2866005924


Le Vélo, Montréal : XYZ, 1991.
Repris dans Anthologie de la nouvelle maghrébine, Casablanca : Eddif, 1996.

J'écris pour le soleil, Actes du Colloque de Montpellier, 1985.

Les mots de la douleur, Oualili. Meknès, 1986.

La Femme : un destin périmé. In : Lamalif. Casablanca, 1986.

L'Artisan du rêve. In : Visions du Maghreb. Montpellier: Edisud, 1987.

Le Corpstexte. In : Horizons maghrébins. Toulouse, 1987.

Un Pays aux couleurs de son temps. In : Librement. Casablanca, 1988.

Le Destin des pierres, Autrement. Paris, 1990.

L'artisan du rêve, ClicNet, 1997.

Extrait :

Écrivain ? Tu es plutôt un nomade. Voyageur infatigable à la recherche de ses pâturages et des points d'eau. Voyageur entre les signes et les syllabes. Bohémien de la parole, au sourire d'argile et à la mémoire remplie d'échos. Tu es une feuille blanche. Une feuille noircie par l'encre de tes veines. Tu es le Livre qui annule l'oubli. Le torrent qui porte le souvenir éclaté d'une histoire sans visage. Ton territoire n'a pas de limites. Ta vie non plus. Tu vivras mille ans. Tu vivras un instant. La parole se chargera de porter ton nom à travers les siècles, au-delà des frontières réelles ou imaginaires. La nature et la vérité sont tes seules maîtresses.

Écrivain! Tu es plutôt un artisan. Comme quelqu'un qui travaillerait le bois ou le fer. Tu travailles les mots. Tel un carreleur qui pose ses petites pièces de marbre; mariant les couleurs, associant les formes pour fixer un fragment de vie, un morceau de soleil ou le rire d'un enfant. Ainsi, tu vas sur ta feuille vierge. Tel un carreleur. Tes lettres sont autant de petites pièces, de carreaux, de formes, autant de couleurs, de rêves ...

Telle une suite d'images, l'une après l'autre, retenues par le ciment de ton intelligence; tu en fais une mosaïque. Peut-être pas la plus belle ni la plus complète, mais la plus étrange, la plus surprenante, la plus réelle.

Tes personnages, tes situations, tes idées... sont autant de miroirs pour l'âme d'une vie en déroute. Autant de signes. Autant d'appels au secours. Autant de cris contre l'injustice et l'exploitation. Contre la haine et la misère. Contre l'ennui. Contre le racisme et la mort. Autant de soleils contre la nuit. Par conséquent, tu dois parler. Tu dois dire toutes les haines et toutes les souffrances. Tu dois dire tous les chemins encombrés. Toutes les mémoires en ruines. Tous les visages en décomposition. Toutes les mains levées de liberté. Tous les délires persécutés. Toutes les fleurs et tous les oiseaux assassinés. L'écume prisonnière de la folie et de la violence. Tu dois dire le matin de tous ceux qui n'ont rien dans les yeux, la nuit de tous ceux qui enferment des rêves un peu trop grands pour leurs corps douloureux. Tu dois dire le silence des lèvres habitées par la peur. Tu dois dire la différence des plaies. Les barbelés qui traversent les rires. Les coeurs qui saignent. Les corps qui tombent. L'horreur de toutes les guerres qui blessent l'Histoire. La dérision du monde. Le massacre de la vie. Tu dois dire ...

Mais, est-ce si simple de parler ?

La beauté est relative, dit-on. L'écriture aussi. On ne peut l'admirer que comme une toile. L'apprécier comme une symphonie. Les comptes viendront après. Tes mots sont tes outils de travail. La langue est ton matériau. Comme un menuisier, tu scies, tu rabotes, tu sculptes, tu ponces, tu vernis... Et de la langue de bois, tu en fais un objet précieux, un meuble rare; comme une étoile ou un poème. Dépositaire de l'art et de la beauté, tu vas à la recherche de la vérité. À la recherche de l'aube nouvelle et de l'arbre. À la recherche de toi-même.

Tu es le territoire de la blessure. Et tu t'exposes à la flamme, à l'insulte, à la déchirure, à la honte pour revendiquer le printemps et l'espoir. L'espérance habite ton coeur meurtri, et telle une eau douce, tu caresses le chant interrompu de la terre. Tant que ta parole sera pure, tu donneras des ailes à l'horizon.

Tel un artisan ...

Mais on ne demande jamais à l'artisan l'origine des matériaux qu'il utilise pour confectionner ses objets. Seule compte la beauté de la création. L'assoiffé ne cherche pas l'origine de l'eau qui le désaltère, et l'homme talonné par la faim et la misère ignore la poignée de mains bleues tracée sur son sac de farine. Jamais devant une toile, on ne cherche à connaître l'origine des produits utilisés pour peindre un visage, un site ou un paysage. On ne se soucie guère non plus de l'angoisse et de la peine du créateur.

À toi si. On te demande des comptes. Toujours. Surtout. On n'interroge jamais ta misère devant ta feuille blanche, devant ton texte désarticulé. Ta solitude devant le destin de tes mots. Ta panique devant ton texte fini. L'affolement d'avant et d'après. La peur blanche qui habite ta poitrine offerte au jugement des autres. Ta poitrine nue. Et l'on n'arrête pas de te juger. Sur la tendresse. Sur le rêve. Sur les fantasmes. Sur le rire. Sur la liberté. Sur le sexe. Sur le corps des jeunes filles. Sur l'accord des verbes. Sur l'absence. Sur la mort... On te juge. Et on veut rompre ta parole. Mais tu n'es plus qu'un cri. Une parole éparpillée dans l'esprit de tout un chacun. Tu as appris à être ta propre écriture. Tu as appris la tolérance. Écrire, c'est aussi ça : être tolérant. Ceux qui ne sont pas habités par le démon de l'écriture ne peuvent pas pardonner. Leurs mains sont d'argile et leur mémoire pue le venin et la cendre.

Tu es seul. Mais ton chant confisqué veille sur le destin des enfants. Tu es le père de tous les enfants. Une étoile suspendue à un fil sur la tombe de chaque rêve, de chaque rire interdits ... Tu es la forêt cachée par le roseau. La mer peut te prendre dans ses flots, l'enrouler dans ses vagues, te rouler dans son corps ... mais ne lui demande pas de te comprendre, ni de partager ton angoisse qui te froisse de sa propreté. Et des vagues se dessinent dans ton regard absent. Souvent, pour te venger d'elle, tu écris dessus des mots grossiers. Tu dessines des formes bizarres. Tu traces des choses étranges. Et tu te donnes l'illusion que tu maîtrises la parole. Tu mens. Tu joues à te mentir, et à mentir à cette feuille qui n'est plus dupe de ta faiblesse, de ta peine à écrire une phrase sensée. Les ratures et la laideur s'accumulent. Et la feuille arrête soudain de te défier. Elle a pitié de toi. Cela ne veut pas dire que tu manques de talent. Tu réalises à ce moment que l'écriture ne peut être un produit sur commande. Il ne te reste alors que la patience. De deux choses l'une. Ou tu te suicides sur le champ, ou tu froisses cette feuille inutile et tu vas te coucher ou te promener. Tu n'as pas d'autre alternative. Le suicide? C'est continuer à t'entêter devant cette feuille têtue. Poursuivre l'ombre d'un discours menteur et hypocrite. Tu ne réussis que ce que tu aimes très fort. Ce que tu ressens au plus profond de toi. Tes propres viscères. Tes larmes silencieuses roulent sur le sable ingrat. Personne ne soupçonne la douleur profonde qui habite ton être. La blessure que le temps n'arrive pas à cicatriser. Ni ce rêve bleu que tu n'arrives pas à apprivoiser. Tu es une mémoire pour le malheur des hommes.

Les passants te dévisagent. Quelques-uns te montrent du doigt. Les jours passent. Les nuages s'accumulent sur ta tête blanchie par des questions sans destin. Qui es-tu? D'où viens-tu? Pourquoi écris-tu ? Pourquoi dans cette langue et pas dans l' « Autre » ?

Quelle langue? Ils ne savent pas que tu écris dans TA langue. Celle-là ou une autre, c'est toujours ta patrie. Tu es la langue que tu utilises. Mais tu n'es point son esclave. Tu n'es point son objet, ni sa fin. Tu n'es point un bourreau quand tu empruntes la hache de celui-ci pour couper du bois! La langue n'appartient à personne. Elle n'a pas de frontières. La langue appartient à celui qui s'en sert. L'enfant que tu adoptes n'est pas ton fils. Il est de toutes les nationalités. Car n'importe qui aurait pu l'adopter à ta place. Il n'est pas de ta race. Et pourtant, tu l'aimes comme s'il était ton fils. Tu as toujours besoin de lui confirmer la différence. Et les barrières tombent en décrépitude devant cette lumière qui vous unit. Toi et lui. Différents mais semblables à la fois. Vous n'êtes plus qu'une même voix dans un corps différent. Vous êtes un. Tu es lui. Mais lui, qui est-il? Quelle est SA langue? Sa langue! C'est toi! Puis l'« Autre » bien sûr. Celui qui l'a mis au monde. Celui qui l'a abandonné pour te donner le privilège de lui apprendre ta langue. Tu lui parles. Et il t'écoute. Mais au loin, poussent ses racines qui le rejoignent à chaque pas. À chaque souffle. Dans chaque regard. Dans chaque rêve. Tu es, comme lui, orphelin d'une langue. Celle que tu parles. Puis toutes celles que tu ne parles pas. Orphelin de la langue dans laquelle tu écris. Puis celle dans laquelle tu penses. Tu es le jour et la nuit. Tu es l'envers possible de la nuit. Tu es l'envers possible de la lumière. Tu es l'endroit possible de toutes les contradictions. Mais pour écrire une langue, pour écrire dans une langue, il est nécessaire de l'aimer pour lui faire dire toutes les passions, toutes les angoisses, tous les gémissements, tous les soleils, toutes les mémoires.... Pour adopter un enfant ; il faut l'aimer d'abord. Au-delà de toutes différences. Il faut le vouloir. L'accepter tel qu'il est. Il faut être disposé à se confondre avec la dune. Il faut savoir être tolérant. Contre la peur. Contre la fatalité. Contre la laideur.

Tel un artisan, tu vas dans ta solitude. Avec tes petites pièces de marbre, avec tes petits mots qui coulent en paroles pour désaltérer la soif de ceux qui t'écoutent, qui t'aiment. Ton discours traverse toutes les mémoires, toutes les lumières, toutes les grandeurs et toutes les faiblesses réunies. Qu'importe finalement la couleur de tes mots. Seul leur poids compte. Seule la forme que tu leur donnes a de l'importance. Seule compte l'ivresse de tes lettres placées l'une à côté de l'autre comme autant de petites pièces en marbre. Tes mots, des couleurs. Des corps habités par le chant des rivières. La nuit n'a pas d'importance. Ta mémoire échappe aux rides des siècles; accrochée à ton rêve immense: l'espoir d'un jour meilleur !

Texte de Abdelhak Serhane

Essais

L'Amour circoncis, Eddif, 1996.
ISBN-10 : 2908801817
ISBN-13 : 978-2908801811

Le Massacre de la tribu, Eddif, 1997.
ISBN-10 : 9981090050
ISBN-13 : 978-9981090057






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www.actualitte.com - L'homme qui descend des montagnes, Abdelhak Serhane
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